Ulva Island NZ New Zealand
New Zealand

Un drapeau hissé sur la grève annonçait autrefois l'arrivée du courrier : les familles éparpillées autour de Paterson Inlet ramaient alors jusqu'à Ulva Island pour retirer leurs lettres au minuscule bureau de poste de l'anse. L'endroit a gardé le nom de Post Office Bay, et c'est toujours là que l'on pose le pied, débarqué en zodiac depuis le navire ancré dans les eaux abritées de Stewart Island, à l'extrême sud de la Nouvelle-Zélande. Le courrier a cessé depuis longtemps; les oiseaux, eux, sont revenus en nombre.

Un sanctuaire rendu aux oiseaux

Ulva compte parmi les rares terres du pays débarrassées des prédateurs introduits par l'homme. Les rats en ont été éradiqués, et une vigilance constante protège cet équilibre : chacun vérifie sacs et semelles avant d'embarquer, et rien ne se laisse sur place, pas même une pelure de fruit. Ce petit rituel, loin d'être une contrainte, met d'emblée le passager dans l'état d'esprit du lieu : ici, l'humain est l'invité. Sur 267 hectares s'étend ainsi un fragment du monde d'avant l'arrivée des mammifères, où la forêt n'a jamais connu la hache. Près de la jetée, la cabane de bois du bureau de poste, élevée à la fin du XIXe siècle, tient encore debout; on la photographie comme une relique du temps des lettres.

Une forêt originelle

Rimus, totaras et autres conifères indigènes montent en futaie au-dessus d'un sous-bois de fougères, d'orchidées et de mousses profondes. Les sentiers, soigneusement aménagés, serpentent sous cette voûte jusqu'à des plages de sable blond où viennent mourir les eaux calmes du détroit. L'air sent l'humus et le sel. Et partout, du matin au soir, le chant : carillons des méliphages, cris rauques des perroquets, froissements d'ailes dans la canopée. Certains arbres portent plusieurs siècles; leurs troncs moussus servent de perchoirs, et leurs racines dessinent des marches naturelles sous les pas. Les tūī ajoutent au concert leur chant double, moitié flûte, moitié crécelle, tandis que la lumière, tamisée par les frondaisons, pose des taches pâles sur les mousses. Par moments passe au-dessus du sentier le battement d'ailes sonore du kererū, le gros pigeon indigène.

Des rencontres à hauteur de botte

Les wekas, râles coureurs à l'allure de poule effrontée, fouillent les algues du débarcadère. Les petits rouges-gorges de Stewart Island sautillent jusqu'entre les chaussures des marcheurs, attirés par la litière remuée. Plus haut se répondent les kākās, les kākārikis et les tīekes au dos roux, disparus de presque partout ailleurs. Avec un peu de chance, l'ombre trapue d'un kiwi traverse le sentier en plein jour : le privilège demeure rare, mais les guides naturalistes qui accompagnent les groupes savent en repérer les indices, une empreinte dans le sable ou un trou de sonde dans l'humus.

Marcher sans se presser

Le réseau de sentiers se parcourt sans effort particulier. Depuis le débarcadère, le point de vue de Flagstaff Point s'atteint en une vingtaine de minutes aller-retour, et la plage de Sydney Cove demande à peine autant. Les anses plus lointaines de Boulder Beach et de West End Beach exigent respectivement une heure et demie et deux heures de marche tranquille. Le secret consiste à avancer lentement, à s'arrêter souvent et à laisser le silence travailler : c'est dans l'immobilité que la forêt s'anime. Les guides naturalistes ponctuent d'ailleurs la promenade d'arrêts d'écoute : une minute sans un mot, et les frondaisons reprennent leur conversation.

Repères pour l'escale

SiteDurée aller-retourAccès
Flagstaff Point20 minutesFacile
Sydney Cove20 minutesFacile
Boulder Beach1 h 30Modéré
West End Beach2 hModéré

Au retour, tandis que le zodiac s'éloigne de Post Office Bay, le chœur des oiseaux accompagne encore les passagers sur l'eau. Voilà sans doute ce que l'on emporte : moins une image qu'un son. Celui d'un pays tel qu'il résonnait il y a mille ans, préservé sur un îlot que l'on quitte à regret, et sur la pointe des pieds.