Entre Kristiansand et Stavanger, la côte sud de la Norvège cache une ville qui doit son visage aux Pays-Bas. Flekkefjord commerçait dès le XVIe siècle avec les marchands hollandais, venus chercher le bois, la pierre et le homard ; ils ont laissé en héritage un quartier entier de maisons blanches aux ruelles étroites, que les Norvégiens appellent encore Hollenderbyen — la ville hollandaise. Les navires accostent au bord même du centre : la découverte commence dès le pied de la passerelle.
Flâner dans Hollenderbyen
Le vieux quartier se parcourt sans plan, au gré des venelles. Les façades de bois blanc se serrent le long de passages où deux personnes se croisent à peine, les rosiers grimpent aux clôtures, et les fenêtres à petits carreaux laissent entrevoir des intérieurs soignés. Contraste assumé : des murales contemporaines s'affichent sur plusieurs pignons, vestiges d'un festival d'art urbain qui a donné au quartier historique une seconde jeunesse. Le mélange fonctionne étonnamment bien — l'ancien et l'actuel se répondent sans se nuire.
Le musée de Flekkefjord occupe une maison de marchand du XVIIIe siècle et restitue le quotidien des familles qui ont fait la prospérité du port : mobilier d'époque, objets de navigation, dépendances et entrepôts à bateaux reconstruits au bord de l'eau. La visite éclaire la longue relation entre cette côte et les ports néerlandais. À deux pas, l'église octogonale de 1833, tout en bois blanc, étonne par son plan à huit pans — une forme rare qui donne à l'intérieur une clarté peu commune.
Le temps du hareng
Au XIXe siècle, des bancs de harengs d'une abondance prodigieuse ont enrichi la région : les pêcheurs chanceux se sont fait construire en ville les demeures cossues que l'on admire aujourd'hui autour du plan d'eau intérieur. Le port s'est ensuite tourné vers la construction navale et l'industrie, sans jamais renier son échelle humaine. Aujourd'hui, cafés et commerces indépendants animent les quais autour du plan d'eau intérieur, où les canards ont remplacé les gabares, et plus de 80 boutiques se concentrent dans un centre étonnamment vivant pour une localité de cette taille.
Pédaler sur une voie ferrée
Originalité locale : l'ancienne ligne de chemin de fer de Flekkefjord, fermée au trafic, s'est reconvertie en piste de draisines à pédales. On enfourche ces engins à deux ou quatre places et l'on suit la vallée à travers tunnels et ponts, lampe frontale allumée dans les passages obscurs. L'activité, très prisée des familles, se réserve à l'avance en saison et occupe agréablement deux heures.
Brufjell, les marmites du diable
Pour les marcheurs en bonne forme, l'excursion vers les cavités de Brufjell constitue le grand moment de l'escale. Le sentier grimpe sur la lande côtière avant de redescendre abruptement vers des marmites glaciaires creusées dans la falaise, des cuvettes de pierre polies par les vagues d'une ancienne mer, suspendues au-dessus de l'eau actuelle. L'aller-retour demande deux à trois heures et un pied sûr ; la récompense est un paysage côtier d'une force rare. Plus accessible, l'île de Hidra, reliée par un court trajet de traversier, aligne hameaux de pêche et criques abritées.
Repères pratiques
- Accostage au centre ; Hollenderbyen commence à cinq minutes à pied.
- Draisines : réservation conseillée, départs à quelques minutes du port.
- Brufjell : excursion sportive, chaussures de randonnée indispensables.
- Le centre compte cafés et restaurants pour un repas de poisson frais.
Flekkefjord illustre une vérité que les croisiéristes chevronnés connaissent bien : les petites escales révèlent souvent les rencontres les plus vraies. Ici, un quartier hollandais en terre norvégienne, une voie ferrée devenue jeu, des falaises sculptées par une mer disparue. On repart avec le sentiment d'avoir partagé un secret que la côte sud gardait pour elle.