Il existe un endroit où l'Europe s'arrête net : une falaise de 307 mètres tombant dans l'océan Arctique, coiffée d'une sphère de métal devenue l'un des monuments les plus photographiés du Nord. Le cap Nord — Nordkapp — se mérite : les navires accostent au petit port de Honningsvåg, sur l'île de Magerøya, et il reste ensuite 34 kilomètres de toundra à franchir. Le voyage fait partie du spectacle.
Honningsvåg, port d'attache du bout du monde
Le quai se trouve à quelques pas du centre : une rue principale, des maisons vives, des chalutiers au repos. L'église de 1885, sobre et blanche, fut le seul bâtiment à survivre aux destructions de 1944, quand la région fut incendiée pendant la retraite allemande; elle servit d'abri aux habitants revenus reconstruire. Un petit musée retrace cette histoire et celle de la pêche, pilier de la vie locale. Comptez une heure pour faire le tour du bourg, davantage si un café aux fenêtres tournées vers le port vous retient.
La route de la toundra
Les autocars d'excursion quittent Honningsvåg pour une traversée d'environ 45 minutes sur les hauts plateaux de Magerøya. Pas un arbre; des lacs, des pierriers, des plaques de neige tardive — et, très souvent, des rennes par centaines, montés sur l'île pour l'été avec les éleveurs sâmes. Certains circuits font halte dans un campement sâme ou au hameau de pêcheurs de Skarsvåg. Le paysage, nu et immense, prépare mieux que n'importe quel discours à ce qui attend au bout de la route.
Le plateau, le globe et la lumière
Au cap, on marche jusqu'au globe posé au bord du vide en 1978, symbole de rencontre entre les peuples. Par temps clair, l'océan s'étend sans obstacle jusqu'aux glaces polaires; par brouillard, l'endroit prend des allures de fin du monde qui ont aussi leur grandeur. Le centre d'accueil, encastré dans la falaise, projette un film panoramique sur les saisons du cap, abrite une chapelle minuscule et une exposition historique. Dehors, les sculptures des « Enfants de la Terre », réalisées par des enfants de sept pays, ajoutent une note touchante. De la mi-mai à la fin juillet, le soleil de minuit fait le reste.
Les autres visages de Magerøya
L'île ne se résume pas à son promontoire. Depuis le port, des sorties en mer partent à la rencontre du crabe royal, géant des fonds arctiques que l'on remonte, observe puis déguste tout frais — une excursion devenue une spécialité du coin. Les amateurs d'oiseaux mettent plutôt le cap sur les falaises voisines, où nichent en été des colonies entières de macareux et de fous de Bassan. Autant d'options pour les escales longues, quand le cap a déjà livré son panorama.
Prévoir la météo du 71e parallèle
À cette latitude, l'été reste une notion relative : 8 °C, du vent et une averse ne surprennent personne en juillet. Tuque et coupe-vent trouvent donc leur place dans le sac de jour, à côté des lunettes de soleil — tout peut servir dans la même heure. Cette météo changeante fait partie de l'aventure, et les éclaircies n'en paraissent que plus belles.
Repères d'escale
| Élément | Repère |
| Du quai au cap Nord | 34 km, environ 45 minutes de route |
| Hauteur de la falaise | 307 m au-dessus de l'Arctique |
| Monument du globe | érigé en 1978 |
| Soleil de minuit | de la mi-mai à la fin juillet |
Ce qu'on rapporte du 71e parallèle
Au retour, l'autocar redescend vers les toits de Honningsvåg et le navire qui attend. Chacun garde sa version du cap : la lumière rasante sur la toundra, un renne indifférent au milieu de la route, ou cette minute passée seul près du globe, face au nord absolu. Peu de lieux donnent aussi nettement la sensation d'être arrivé quelque part. Celui-ci le fait sans effort.