Le navire remonte d'abord le Hardangerfjord, puis s'engage dans son bras le plus étroit, le Sørfjorden, bordé de vergers en terrasses et de parois qui grimpent vers les neiges. Tout au fond, après une quarantaine de kilomètres de ce couloir, apparaît Odda, serrée entre l'eau et la montagne. Peu d'escales norvégiennes offrent une approche aussi spectaculaire : le fjord se referme lentement derrière le navire, et la petite ville industrielle se découvre au dernier moment, posée au pied des chutes et des glaciers.

Une ville née de l'eau et de l'industrie

Odda ne ressemble pas aux villages de carte fjordique classiques, et c'est ce qui fait son intérêt. Au début du XXe siècle, la force des chutes environnantes a attiré les usines : fonderies et cheminées ont transformé le bourg agricole en cité ouvrière. Cette mémoire industrielle se lit encore dans l'architecture du centre et se raconte dans les anciens bâtiments du secteur de la fonderie, reconvertis en lieux culturels. Se promener dans ces rues, c'est traverser une Norvège moins attendue, où les maisons ouvrières côtoient les sommets.

Trolltunga, la célébrité du coin

Impossible d'évoquer Odda sans nommer Trolltunga, la « langue de troll », cette plateforme rocheuse suspendue au-dessus du lac Ringedalsvatnet devenue l'une des images les plus diffusées de Norvège. Il faut être clair : la randonnée complète demande une journée entière de marche exigeante, souvent une dizaine d'heures, et ne s'accorde pas avec les horaires d'une escale. Les passagers croiseront plutôt des marcheurs qui en reviennent, sac au dos et sourire fatigué. Savoir que ce site se cache dans les hauteurs suffit à donner à l'escale son parfum d'aventure.

Le glacier Buarbreen et la vallée de Buer

Une route étroite s'échappe vers la vallée de Buer, où descend le Buarbreen, une langue du grand glacier Folgefonna. Le trajet en véhicule prend une quinzaine de minutes, puis un sentier permet de s'approcher du front glaciaire; la première partie de la marche, le long de la rivière laiteuse, reste accessible à de bons marcheurs. Voir cette masse de glace bleutée accrochée entre deux crêtes, si près des habitations, rappelle pourquoi les navires viennent jusqu'ici.

Låtefossen et la route des cascades

Au sud, la route longe une succession de cascades dont la plus connue, Låtefossen, jette ses deux bras jumeaux sous un pont de pierre ancien. Les excursions s'y arrêtent pour la photo, embruns garantis les jours de fonte. En chemin, les vergers du Sørfjorden défilent : pommiers, cerisiers et pruniers profitent du microclimat du fjord, et la région produit jus et cidres qui se goûtent dans les fermes et les boutiques. La rencontre du fruit et du glacier résume bien cette vallée.

À pied depuis le quai

Le centre se parcourt facilement depuis l'accostage. Quelques idées pour une demi-journée sans excursion :

  • longer la promenade du rivage et le parc au bord de l'eau;
  • observer l'ancienne zone de la fonderie et ses bâtiments réhabilités;
  • s'attabler dans un café de la rue principale parmi les randonneurs;
  • goûter un jus de pomme ou un cidre du Hardanger produit à quelques kilomètres.

Quand le fjord se referme

Au départ, le navire refait en sens inverse le long couloir du Sørfjorden, et le pont supérieur se remplit : chacun veut revoir les vergers, les chutes et les crêtes du Folgefonna sous la lumière du soir. Odda s'efface lentement, ville ouvrière gardée par les glaces. Ceux qui aiment la Norvège des images léchées auront trouvé ici quelque chose de plus rugueux et de plus vrai, et c'est souvent ce souvenir-là qui dure.