Au nord des Lofoten, leurs voisines célèbres, les îles Vesterålen déroulent un archipel plus secret, où les montagnes plongent dans des détroits si étroits que les navires semblent frôler les rives. C'est ici, dans ces passages abrités, qu'est née en 1893 l'idée d'une liaison maritime reliant les communautés isolées de la côte norvégienne : l'Express côtier, que les Norvégiens appellent Hurtigruten. Naviguer dans les Vesterålen, c'est emprunter la route fondatrice de toute la navigation côtière du pays.
Stokmarknes, le berceau de l'Express côtier
L'escale phare de l'archipel s'appelle Stokmarknes, une bourgade posée au bord du détroit, à cinq minutes de marche du quai. C'est de ce petit port que le capitaine Richard With lança la première liaison régulière vers le nord, et la ville lui rend hommage avec le musée de l'Hurtigruten. Son joyau muséal étonne par son ampleur : l'ancien navire MS Finnmarken, conservé en entier dans un écrin de verre, se visite de la salle des machines au pont supérieur. Cabines d'époque, salons lambrissés, odeur d'huile et de bois ciré : on y traverse un siècle de vie maritime norvégienne en une heure de visite.
Des paysages qui se resserrent
Autour de Stokmarknes, la navigation offre certains des passages les plus impressionnants de la côte. Les sommets déchiquetés se reflètent dans des eaux d'un calme surprenant, les fermes s'accrochent aux rares replats et les aigles de mer tournoient au-dessus des mâts. Plusieurs itinéraires empruntent le Raftsund, long couloir marin entre les parois, célèbre pour son embranchement vers un fjord si resserré que les navires doivent parfois y pivoter sur place. Les ponts extérieurs se remplissent alors, et le silence se fait de lui-même.
Le royaume des baleines
Les Vesterålen doivent leur renommée naturaliste à un caprice de la géologie sous-marine : le plateau continental passe à une dizaine de kilomètres à peine des côtes, créant des profondeurs où chassent les grands cétacés. Au large d'Andenes, à la pointe nord de l'archipel, les cachalots remontent des abysses toute l'année pour reprendre leur souffle, tandis que l'hiver amène orques et rorquals à bosse sur les bancs de harengs. Les excursions d'observation partent d'Andenes, où un centre d'interprétation consacré aux géants des mers prépare les visiteurs avant l'embarquement ; encadrées par des guides naturalistes, elles affichent des taux de réussite exceptionnels. Voir émerger la queue d'un cachalot sur fond de montagnes enneigées compte parmi les grands moments qu'offre la Norvège.
Villages de pêche et vie insulaire
Entre deux navigations, l'archipel se découvre par petites touches : Sortland et ses façades peintes en bleu, les séchoirs à morue dressés près des quais, les plages claires qui surprennent à cette latitude, les tourbières où paissent les moutons. La pêche demeure le poumon économique des îles, comme en témoignent les bateaux alignés dans chaque anse. Les amateurs de photographie gardent l'appareil à portée de main : entre les jeux de lumière sur les sommets et les cabanes posées sur pilotis, les occasions ne manquent jamais. Les visiteurs qui disposent de temps peuvent aussi rejoindre des sentiers côtiers balisés, avec des panoramas sur l'océan ouvert d'un côté et les pics de l'intérieur de l'autre.
Reprendre la route du capitaine With
En quittant l'archipel, le navire suit exactement le sillage des vapeurs d'autrefois, entre les mêmes montagnes et les mêmes hameaux accrochés au littoral. Les Vesterålen laissent au voyageur une impression de justesse : ici, la navigation n'est pas un décor touristique mais une nécessité vitale devenue un art. On repart en comprenant pourquoi, dans ce pays, une simple ligne de bateaux est entrée dans la légende nationale.