Des falaises couleur de rouille plongent dans une eau parfaitement immobile. Presque aucune végétation : seulement la roche nue des monts Hajar, plissée comme un tissu, et quelques hameaux de pêcheurs accrochés au pied des parois. Khasab, à la pointe de la péninsule de Musandam, garde l'entrée du détroit d'Ormuz. Cette enclave d'Oman, séparée du reste du pays par le territoire des Émirats arabes unis, offre l'un des paysages les plus singuliers de la mer d'Arabie : des bras de mer encaissés que l'on compare volontiers à des fjords, sous un soleil qui ne faiblit jamais.
Un terminal à l'échelle du lieu
Les navires sont reçus à quelques minutes du centre, et des navettes relient généralement le quai à la sortie du complexe portuaire. Khasab elle-même se résume à quelques rues calmes, un souk modeste, des maisons blanches et une palmeraie serrée entre mer et montagne. L'endroit ne cherche pas à impressionner : l'essentiel de l'escale se joue sur l'eau et dans les hauteurs.
Le fort au bord de l'eau
À courte distance du débarcadère, le château de Khasab dresse sa tour ronde derrière une enceinte crénelée. Élevé autour d'un noyau portugais du XVIIe siècle, il abrite aujourd'hui un musée consacré à la vie traditionnelle du Musandam : maison d'été en feuilles de palmier reconstituée, embarcations de bois cousues à la fibre, bijoux d'argent, armes anciennes. Une heure suffit pour saisir comment on vivait dans ces montagnes longtemps coupées du monde, entre pêche, élevage et cabotage.
En boutre dans le Khor ash-Sham
La sortie qui définit l'escale reste la navigation en boutre, ces bateaux de bois traditionnels garnis de tapis et de coussins. Cap sur le Khor ash-Sham, le plus long bras de mer de la péninsule : les parois défilent lentement, des villages sans routes apparaissent au ras de l'eau, et des dauphins viennent régulièrement jouer dans la vague d'étrave. Au milieu du chenal émerge l'île du Télégraphe, où les Britanniques installèrent au XIXe siècle une station de relais du câble sous-marin reliant Londres aux Indes. On mouille à proximité pour se baigner ou observer les poissons dans une eau limpide, pendant que thé, café omanais et dattes circulent à bord.
La montagne des femmes
Pour ceux qui préfèrent la terre ferme, des excursions en 4x4 grimpent vers le Jebel Harim, point culminant de la péninsule à plus de 2 000 mètres. La piste s'élève en lacets au-dessus des vallées, dévoile des panoramas vertigineux sur les échancrures de la côte et traverse des plateaux où affleurent des fossiles marins : poissons et coquillages pétrifiés, témoins d'un ancien fond océanique soulevé par la montagne. Une demi-journée permet l'aller-retour, avec des arrêts dans des hameaux d'altitude aux greniers de pierre.
Quelques usages à connaître
- La monnaie est le rial omanais, mais les dirhams émiriens et les dollars sont couramment acceptés lors des escales.
- Une tenue couvrant épaules et genoux est appréciée en ville comme au fort.
- Les sorties en boutre se réservent auprès du navire ou des opérateurs présents au terminal; prévoir chapeau et protection solaire, l'ombre restant limitée à bord.
- L'été, la chaleur devient écrasante dès le matin : les départs se font tôt.
Ce que l'on ramène du Musandam
Au moment où le navire s'éloigne de la pointe de l'Arabie, les parois ocre se referment lentement derrière lui comme les pages d'un livre de pierre. On garde de Khasab des images nettes : un aileron gris dans l'eau turquoise, une station télégraphique oubliée au milieu d'un bras de mer, un fort qui monte la garde depuis quatre siècles. Peu d'escales tiennent autant dans une seule journée, avec aussi peu de mise en scène.