Certaines escales tiennent en une seule image : un croissant de sable clair, une couronne de palmiers, une eau turquoise qui s'assombrit vers le large. Isla Gámez est de celles-là. Cet îlot inhabité du golfe de Chiriquí, à peine plus grand qu'un terrain de soccer, appartient aux abords du parc national marin du golfe, sur la côte pacifique ouest du Panama. Les navires d'expédition y font halte pour une raison simple et parfaitement assumée : offrir à leurs passagers quelques heures de plage parfaite, loin de tout.
Un débarquement les pieds dans l'eau
Aucune infrastructure n'attend le visiteur, et c'est tout le charme de l'endroit. Les zodiacs s'approchent du rivage, on saute dans une mer tiède qui monte aux mollets, et l'îlot est à vous. Le tour du propriétaire prend une dizaine de minutes : d'un côté la plage principale, de l'autre des rochers où les crabes détalent à votre approche, et partout ce sable pâle qui crisse sous les pieds nus. Les pélicans patrouillent au ras de l'eau, les frégates tournoient plus haut, et les bernard-l'ermite se disputent les coquilles vides à l'ombre des cocotiers. Le temps s'organise de lui-même : baignade, lecture, sieste, nouvelle baignade. Certains passagers font le tour complet du rivage plusieurs fois dans la journée, simplement pour le plaisir de marcher dans une eau qui change de couleur à chaque heure.
Sous la surface
Le masque et le tuba transforment la baignade en exploration. Les formations rocheuses qui prolongent l'îlot abritent poissons-anges, poissons-perroquets et bancs de sergents-majors, dans une eau dont la clarté varie avec la marée. Le golfe de Chiriquí protège l'un des ensembles coralliens les plus étendus du Pacifique centraméricain, et même un secteur modeste comme celui-ci en donne un bon aperçu. Les équipes d'expédition définissent la zone de nage et surveillent les courants : restez dans le périmètre indiqué et l'expérience demeure aussi sereine qu'un bain de lac. Entre deux baignades, les guides partagent leurs observations du jour et aident chacun à ajuster masque et palmes.
L'île voisine et le grand décor
Depuis la plage, le regard porte sur la silhouette boisée d'Isla Parida, la grande voisine dont Gámez n'est en somme qu'un satellite. Certains programmes combinent d'ailleurs les deux îles dans la même journée, l'une pour la forêt, l'autre pour le sable. Au-delà s'étend le golfe piqueté d'îlots, avec les montagnes de la province de Chiriquí en toile de fond par temps dégagé. Les eaux environnantes réservent leurs propres rencontres : dauphins en chasse, tortues en surface et, de juillet à octobre, baleines à bosse venues mettre bas dans le secteur.
Une logistique de simplicité
Une escale sans quai ni commerce se prépare en amont. Tout ce qui compose votre confort doit descendre avec vous : eau, chapeau, écran solaire résistant à l'eau, chaussures de plage pour les zones rocheuses. L'ombre naturelle reste limitée aux palmiers ; les équipages installent souvent des parasols et un point de rafraîchissement, mais mieux vaut prévoir large. Emportez vos déchets jusqu'au navire, l'îlot ne disposant d'aucun service, et laissez coquillages et coraux où ils se trouvent : la beauté du lieu tient précisément à ce que chacun repart les mains vides.
Vient le moment où les zodiacs font leurs dernières navettes. Depuis le pont, Isla Gámez redevient ce qu'elle était au matin : un point clair sur une mer immense, sans trace de votre passage. Il y a quelque chose d'apaisant dans cette disparition. Les journées les plus simples d'une croisière sont parfois celles qui remontent le plus souvent en mémoire, longtemps après, quand on repense au bruit que faisait l'eau sur ce sable-là.