Le golfe de Chiriquí, sur la façade pacifique ouest du Panama, disperse ses îles comme une poignée de graines entre la péninsule d'Azuero et la frontière costaricienne. Isla Parida en est la plus vaste, et la seule habitée en permanence : quelques familles y vivent de la pêche et de l'accueil des visiteurs, dans des maisons dispersées derrière les plages. Quand un navire d'expédition mouille dans ses parages, c'est toute la géographie du golfe qui s'offre en une journée, entre forêt, récifs et sable blanc.
Une grande île restée simple
Parida appartient au parc national marin du golfe de Chiriquí, et son intérieur a gardé sa couverture forestière d'origine. Derrière les cocotiers du littoral, la végétation s'épaissit vite ; on y entend les oiseaux bien plus qu'on ne les voit, et les débarquements s'accompagnent souvent d'une courte marche guidée pour saisir le caractère de l'île. Le rivage, lui, alterne pointes rocheuses et anses de sable clair où l'eau prend des teintes de lagon aux heures calmes. Chaque plage a sa propre orientation : les guides choisissent celle du jour selon la marée et le vent, et cette lecture du terrain fait partie du plaisir de l'expédition.
Récifs, raies et poissons de roche
La plongée en apnée constitue l'activité maîtresse de l'escale. Les fonds mêlent blocs volcaniques et formations coralliennes fréquentés par les poissons-papillons, les balistes et des bancs argentés qui se referment comme un rideau au passage du nageur, avec parfois une raie qui s'envole du sable dans un nuage de sédiments. Ces eaux comptent parmi les plus poissonneuses du Pacifique panaméen, et les passagers qui préfèrent rester en surface verront tout de même passer la vie marine depuis le zodiac, tant l'eau se fait transparente par beau temps. Les guides adaptent les sites au niveau de chacun : un lagon d'apprentissage pour les débutants, une pointe plus animée pour les habitués.
Le golfe en toile de fond
Depuis les plages de Parida, l'horizon s'anime de silhouettes d'îles : Gámez toute proche, minuscule et ourlée de sable, Bolaños et ses récifs un peu plus loin, et la ligne bleutée de la cordillère sur le continent. Les traversées entre les mouillages réservent leurs surprises, dauphins joueurs en tête. De juillet à octobre, les baleines à bosse de l'hémisphère Sud viennent mettre bas dans ces parages ; un souffle repéré au loin suffit alors à réorienter la navigation de l'après-midi, aux distances réglementaires près.
Bien vivre sa journée d'île
L'équipement d'une escale nature s'impose ici : chaussures d'eau pour les cailloux, protection solaire généreuse, chapeau et gourde. La chaleur humide se supporte mieux en alternant baignades et pauses à l'ombre, et l'après-midi apporte parfois une averse brève qui rafraîchit tout le monde. Les échanges avec les habitants, quand l'itinéraire les permet, se font simplement, en espagnol et en sourires ; quelques dollars sont utiles si des noix de coco fraîches ou de l'artisanat se présentent. Les photographes gagneront à garder l'appareil à portée de main du début à la fin : la lumière change vite sur ces eaux, et les meilleures images arrivent souvent entre deux activités, sans prévenir.
En fin de journée, le navire s'éloigne entre les îlots pendant que la lumière rase découpe chaque relief. Parida disparaît la dernière, massive et sombre au-dessus de l'eau claire. On repart avec des images nettes et sans artifice : un fond de coraux, une plage choisie selon la marée, une île où une poignée de familles vit au rythme des marées. Ce Panama-là ne figure sur aucune affiche, et c'est très bien ainsi ; il se transmet de voyageur en voyageur, comme une adresse que l'on se confie à voix basse.