Le nom promet la guerre, le décor livre tout le contraire. Les îles Conflict doivent leur appellation au HMS Conflict, navire d'étude britannique qui cartographia l'archipel en 1886. Vingt et un îlots coralliens y dessinent un anneau presque parfait autour d'un lagon de la mer des Salomon, dans la province de Milne Bay, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. L'endroit compte parmi les récifs les plus riches de la planète, et il n'accueille pour ainsi dire que des passagers de navires de croisière.

Un mouillage dans le lagon

Aucun quai n'existe dans l'archipel. Les navires jettent l'ancre dans les eaux protégées du lagon et les annexes déposent les passagers en une quinzaine de minutes sur Panasesa, l'île principale aménagée pour les visiteurs. Le débarquement donne le ton de la journée, sable clair, cocotiers, eau dégradée du turquoise au bleu profond, et une poignée d'installations discrètes fondues dans la végétation. Prévoyez chaussures d'eau, chapeau et crème solaire; l'ombre existe, mais le soleil du Pacifique ne pardonne pas. L'archipel appartient à un propriétaire privé qui a fait de la conservation la vocation du lieu.

Le récif, la vraie vedette

Ici, l'essentiel se passe sous la surface. Masque et tuba suffisent pour survoler des jardins de corail à quelques brasses de la plage, poissons-clowns dans les anémones, bénitiers aux manteaux électriques, nuées de demoiselles et de poissons-perroquets. Les sorties guidées de plongée-tuba et de plongée bouteille mènent vers les tombants extérieurs, où la visibilité se compte souvent en dizaines de mètres. Les moniteurs adaptent les sorties au niveau de chacun, des premiers coups de palmes aux explorations plus engagées. Les kayaks et les planches à pagaie complètent la panoplie pour explorer le plan d'eau sans se mouiller, du moins en principe.

Des tortues qui reprennent la mer

Panasesa abrite l'initiative de conservation des îles Conflict, dont le projet le plus attachant concerne les tortues marines. Les œufs pondus sur les plages exposées au braconnage sont transférés dans une écloserie, et les jeunes tortues imbriquées et vertes y grandissent à l'abri avant d'être relâchées. Selon le calendrier, les passagers assistent au nourrissage, visitent les bassins ou participent à une remise à l'eau, moment qui arrache des applaudissements à chaque petite carapace gagnant les vagues. Les guides expliquent aussi la surveillance des récifs et le recensement des espèces menés sur place. Les dons des passagers financent une partie de ces programmes.

ActivitéDétail pratique
Trajet en annexeEnviron 15 minutes entre le navire et Panasesa
Plongée-tuba libreDirectement depuis la plage
Sorties guidées et plongéeRéservation à bord recommandée
Écloserie de tortuesVisite selon l'horaire du jour

Une journée au rythme du corail

Entre deux baignades, la vie insulaire s'organise sans hâte, chaises longues sous les palmes, noix de coco fraîches, artisanat des communautés voisines venu par bateau pour l'occasion. Un tour de l'île à pied prend à peine plus d'une heure, pieds dans l'eau, avec pour seule circulation les bernard-l'ermite qui traversent le sentier. Certains préfèrent simplement s'asseoir à l'ombre et regarder la marée redessiner les bancs de sable. Les photographes guettent la passe, où la lumière de l'après-midi fait flamber les patates de corail.

Quand les annexes ramènent les derniers baigneurs, le lagon retrouve son calme et l'archipel redevient ce qu'il est presque toujours, un cercle de sable et de corail posé sur la mer des Salomon, sans autre bruit que le ressac. Les îles Conflict laissent ce souvenir paradoxal, un nom guerrier attaché à l'une des journées les plus paisibles qu'une croisière dans le Pacifique puisse offrir.