L'entrée dans la rade de Rabaul compte parmi les arrivées les plus saisissantes du Pacifique. Le navire pénètre dans une caldeira noyée, Simpson Harbour, cernée de cônes volcaniques dont l'un, le Tavurvur, laisse parfois monter un panache de vapeur. En 1994, son éruption a enseveli une partie de la ville sous la cendre; l'administration s'est repliée vers Kokopo, mais Rabaul est demeurée, obstinée, entre ses plantations et ses quais. Les navires accostent directement au quai, à quelques pas du marché et des rues principales, sous une fine poussière grise qui rappelle en permanence la présence du géant.
Le Tavurvur et les plaines de cendre
Le volcan domine chaque perspective. Les excursions mènent au pied de ses pentes grises, où des sources chaudes fument entre les rochers et où la végétation reconquiert lentement le terrain. Le paysage évoque la surface d'une autre planète : étendues sombres, vapeurs soufrées, silhouettes d'arbres calcinés. Depuis les hauteurs de l'observatoire volcanologique, qui surveille le massif jour et nuit, la vue embrasse toute la caldeira et révèle la géographie singulière de cette rade née d'un effondrement. Certains circuits poussent jusqu'aux sources bouillonnantes où les habitants font cuire des œufs dans le sable chaud, clin d'œil du volcan à la vie quotidienne.
Les tunnels de la guerre
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Rabaul servit de principale base japonaise du Pacifique Sud : près de cent mille soldats et ouvriers y étaient stationnés au plus fort du conflit, et le mouillage abritait une flotte entière. Des dizaines de kilomètres de tunnels furent creusés dans les collines; plusieurs se visitent encore, dont des galeries abritant toujours des barges rouillées. Le bunker attribué à l'amiral Yamamoto et le musée de la guerre complètent ce chapitre d'histoire. Sous la surface du havre, avions et navires coulés reposent par le fond, faisant du site l'une des destinations de plongée sur épaves les plus réputées de la région.
Le marché et la vie qui continue
Près du port, le marché déborde de bananes, d'ignames, de kaukau, la patate douce locale, et de noix de bétel soigneusement empilées. Les étals de coquillages et les paniers tressés attirent les passagers; les vendeuses répondent aux sourires avec une gentillesse désarmante. C'est ici que se mesure la résilience de cette communauté qui a reconstruit sa vie sur la cendre, littéralement. Les églises voisines résonnent de chants le dimanche, et les enfants font la course entre les étals en riant aux éclats : la ville enterrée est tout sauf morte.
Curiosités de la rade
Depuis le quai, on aperçoit les Beehives, deux pitons rocheux qui émergent au milieu de la baie comme des ruches de pierre, vestiges du volcan ancestral. Les tours en bateau permettent de les approcher et, avec un peu de chance, de croiser des dauphins en chemin. Les guides locaux racontent que ces rochers servaient de repères aux navigateurs bien avant l'arrivée des Européens, et qu'ils portent chacun un nom dans la langue des Tolai, le peuple de la région. Les plages de sable noir des environs rappellent, elles aussi, l'origine volcanique de chaque grain de ce décor.
Repères pour l'escale
- Prévoir de l'eau, un chapeau et de bonnes chaussures : chaleur et poussière volcanique accompagnent la plupart des visites.
- Les excursions organisées restent le moyen le plus simple de rejoindre le volcan et les tunnels.
- La monnaie locale est le kina; les petites coupures facilitent les achats au marché, où les prix se discutent avec le sourire.
Quitter la caldeira
Au départ, le navire glisse de nouveau entre les parois de l'ancienne caldeira, et le Tavurvur s'attarde longtemps dans le champ de vision, comme pour rappeler qui règne ici. Rabaul ne laisse personne indifférent : on y touche du doigt la puissance de la terre et l'entêtement des hommes à vivre avec elle. Peu d'escales racontent une histoire aussi forte en une seule journée.