Des vagues de la mer de Chine méridionale viennent battre une côte basse frangée de cocotiers, et derrière le rivage s'étire un littoral que peu de croisiéristes savent situer sur une carte : la province d'Ilocos Norte, à la pointe nord-ouest de Luçon. Currimao, son port, longtemps simple mouillage où les navires transbordaient leurs passagers en annexe, a été agrandi et dragué en 2025; il reçoit désormais à quai des navires de taille moyenne, tandis que les plus grands continuent de mouiller au large. L'escale ouvre la porte d'une région fière, façonnée par les galions espagnols et les églises fortifiées.
Un littoral chargé d'histoire
Le bourg de Currimao se trouve à environ 3 km du port, dans un paysage de plages et de pointes rocheuses battues par la houle. La région vit de la pêche et de l'agriculture, et le passage d'un navire reste un événement que la municipalité souligne volontiers en musique. Les habitants accueillent les navires avec des stands de fruits, d'artisanat et de spécialités ilocanes dressés près du quai, dans une atmosphère de fête municipale plus que de terminal de croisière.
Paoay, l'église-forteresse
La grande excursion de l'escale mène à l'église San Agustin de Paoay, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO parmi les églises baroques des Philippines. Élevée en corail et en briques aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle s'appuie sur d'énormes contreforts latéraux conçus pour résister aux tremblements de terre, qui donnent à l'édifice une silhouette massive unique en Asie. Son clocher, bâti à l'écart pour limiter les dégâts sismiques, servait de tour de guet. En fin d'après-midi, la façade prend une teinte dorée que les photographes attendent patiemment.
Laoag et son clocher qui s'enfonce
La capitale provinciale, Laoag, se trouve à une courte route au nord. On y visite la cathédrale Saint-Guillaume et son célèbre clocher penché, construit sur un sol sablonneux dans lequel il s'enfonce lentement depuis deux siècles : les habitants racontent qu'un cavalier pouvait autrefois franchir sa porte sans mettre pied à terre. Autour de la place centrale, marchés et bâtiments d'époque espagnole composent une ville provinciale animée où le calèche-taxi, la kalesa, circule encore.
Vigan, pour les escales longues
Si le temps à quai le permet, certains circuits poussent jusqu'à Vigan, dans la province voisine d'Ilocos Sur. Cette ville, également classée par l'UNESCO, conserve le plus bel ensemble d'architecture coloniale espagnole des Philippines : rues pavées, demeures de marchands aux fenêtres de nacre, ateliers de poterie et de tissage. Le trajet demande toutefois plusieurs heures aller-retour; renseignez-vous sur la durée de l'escale avant de choisir cette option.
Saveurs ilocanes
Entre deux visites, la région se goûte : empanadas orangées frites à la commande, longganisa aillée et vinaigre de canne accompagnent le retour vers le port. Les stands dressés pour l'arrivée des navires permettent d'y goûter sans détour, sous les conseils enthousiastes des vendeuses.
Repères pour organiser sa journée
| Destination | Situation | Intérêt principal |
| Bourg de Currimao | À environ 3 km du port | Entrepôts coloniaux, côte de corail |
| Église de Paoay | Au nord, trajet court en autocar | Baroque sismique, UNESCO |
| Laoag | Capitale provinciale, au nord | Clocher qui s'enfonce, marchés |
| Vigan | Province d'Ilocos Sur, plus éloignée | Ville coloniale espagnole, UNESCO |
Le soir venu
Puis le soleil descend droit dans la mer de Chine, et les stands du quai remballent leurs mangues séchées et leurs tissages. Currimao n'est encore qu'une jeune escale sur les cartes des compagnies, et c'est sa chance : la région se découvre sans foule, avec la spontanéité des endroits qui commencent tout juste à recevoir le monde. Ceux qui y sont passés en parlent comme d'un secret bien gardé du nord des Philippines.