On n'arrive pas à Szczecin par la mer, mais par le fleuve. Après la traversée de la lagune, l'Odra se resserre entre grues, chantiers et roselières sur une soixantaine de kilomètres, jusqu'à ce que se dresse enfin la longue terrasse des Wały Chrobrego, couronnée de palais début de siècle. La capitale de la Poméranie occidentale a toujours vécu de cette position d'entre-deux, entre Baltique et Europe centrale, entre héritage germanique et renaissance polonaise. Le terminal se trouve à un kilomètre et demi du centre : quinze minutes de marche ou un court trajet en taxi suffisent.
Les Wały Chrobrego, balcon sur le fleuve
Commencez par où les navires vous saluent : la terrasse Chrobry, un demi-kilomètre de balustrades, d'escaliers monumentaux et de pavillons élevés au début du XXe siècle au-dessus de l'Odra. Le Musée national et l'université maritime y occupent des édifices d'apparat, et les habitants viennent y regarder passer les cargos comme d'autres regardent la mer. C'est le plus beau point de vue des environs, et il se trouve presque en face du terminal. En contrebas, des vedettes blanches attendent les promeneurs pour la boucle du port; gardez l'idée pour la fin de la journée.
Le château des ducs de Poméranie
En grimpant vers le centre, on atteint le château des Griffons, du nom de la dynastie qui régna sur la Poméranie durant cinq siècles. Détruit pendant la guerre, l'édifice Renaissance a été relevé pierre par pierre au fil des décennies; il a retrouvé ses cours blanches, ses pignons à volutes et son horloge astronomique, et accueille aujourd'hui concerts, expositions et un café dans les caves voûtées. Tout près, la vieille ville reconstruite aligne ses maisons à pignons colorés autour de l'hôtel de ville gothique, dont la brique flamboyante abrite le musée d'histoire locale et ses collections sur le passé hanséatique du lieu. Les terrasses de la place s'animent dès la fin de l'après-midi, quand étudiants et familles s'y donnent rendez-vous.
Une ville dessinée comme Paris
Éloignez-vous des quais et Szczecin change de visage : larges avenues plantées d'arbres, immeubles éclectiques et places circulaires d'où les rues rayonnent en étoile. Ce plan, adopté après la démolition des fortifications au XIXe siècle, s'inspire ouvertement du Paris des grands boulevards; la place Grunwaldzki, d'où rayonnent huit artères bordées de platanes et de façades ornées, en est l'exemple le plus réussi. Une légende locale attribue même le tracé au baron Haussmann en personne. Elle est fausse, mais elle dit bien la fierté des habitants pour leur « petit Paris » de la Baltique.
Saveurs de Poméranie
Szczecin se goûte autant qu'elle se visite. Deux spécialités méritent l'essai :
- le pasztecik szczeciński, un beignet allongé farci de viande ou de chou, servi brûlant dans des comptoirs qui n'ont pas changé depuis des décennies;
- le paprykarz szczeciński, une tartinade de poisson, de riz et de paprika née dans les conserveries locales, devenue un classique national.
Les cafés du quartier ancien et les restaurants des Wały Chrobrego complètent le tableau, avec les poissons de la Baltique au menu.
Le fleuve, encore et toujours
S'il reste du temps, les vedettes d'excursion proposent une boucle sur l'Odra : on y longe les chantiers navals qui employèrent des générations d'ouvriers, les îles du port et, plus loin, les eaux calmes du lac Dąbie, paradis des voiliers. Vue de l'eau, Szczecin révèle sa vraie nature de ville-port, industrieuse et verte à la fois.
Au moment d'appareiller, la terrasse Chrobry défile une dernière fois le long du bord. Les habitants ont un dicton pour leur cité méconnue : ceux qui s'y arrêtent par hasard reviennent par choix. L'escale donne envie de leur donner raison.