Fetesti Romania
Romania

Sur le bas Danube, entre Bucarest et la mer Noire, le fleuve se dédouble. Le bras de Borcea s'écarte du lit principal et traverse la plaine du Baragan, le grenier à blé de la Roumanie. C'est sur cette rive que s'est développée Fetesti, ville ferroviaire et agricole d'environ 30 000 habitants, devenue une étape des croisières fluviales qui descendent vers le delta. L'escale vaut moins pour ses monuments que pour ce qu'elle permet : toucher du doigt la Roumanie des plaines, loin des circuits touristiques classiques.

Un pont qui a marqué son époque

Le grand titre de gloire local enjambe la Borcea à quelques kilomètres du débarcadère : le pont ferroviaire construit entre 1890 et 1895 par l'ingénieur Anghel Saligny pour franchir la Borcea et le Danube vers Cernavoda. À son inauguration, l'ouvrage formait le plus long ensemble de ponts d'Europe et l'un des plus longs du monde. Les Roumains en parlent comme d'un exploit national. Le pont historique, aujourd'hui doublé d'ouvrages modernes, se voit très bien depuis l'eau, et son treillis métallique demeure élégant malgré son âge.

La ville au quotidien

Fetesti ne s'est jamais mise en scène pour les visiteurs, et c'est précisément son intérêt. Autour du débarcadère, la promenade longe des berges plantées de saules où les pêcheurs tendent leurs lignes. Le marché local, animé le matin, déborde de tomates, de pastèques du Baragan, de fromages de brebis et de miel vendus par les producteurs eux-mêmes. Quelques églises orthodoxes aux coupoles modestes ponctuent les quartiers; les habitants, peu habitués aux passagers étrangers, se montrent d'une gentillesse désarmante.

Porte d'entrée des excursions

La plupart des compagnies fluviales utilisent cette étape comme point de départ d'excursions vers l'intérieur. Bucarest, à environ deux heures de route, concentre l'essentiel des sorties : le gigantesque palais du Parlement, les églises anciennes du vieux centre, les grandes artères qui valurent à la capitale son surnom de petit Paris de l'Est. Vers l'est, Constanta et le littoral de la mer Noire offrent une autre journée possible, entre vestiges antiques de l'ancienne Tomis et front de mer animé. Vérifiez le programme de votre navire : le contenu de l'escale en dépend presque entièrement.

Le Baragan, paysage à part entière

Depuis les ponts extérieurs du navire, en amont comme en aval de la ville, la plaine déroule un horizon parfaitement plat, ponctué de silos, de peupliers et de villages aux toits de tuile. Ce paysage nourricier, chanté par la littérature roumaine, a aussi connu des heures sombres : dans les années 1950, le régime communiste y déporta des dizaines de milliers de personnes. Les guides locaux évoquent cette mémoire avec pudeur lorsqu'on les interroge.

Les berges de la Borcea méritent aussi un regard pour elles-mêmes : hérons, sternes et cormorans pêchent le long des îles basses, et les barques plates des pêcheurs locaux rappellent que le fleuve nourrit la ville depuis toujours. Au printemps, les crues redessinent les rives et les saules trempent dans l'eau.

Repères pratiques

  • Monnaie : leu roumain; prévoir du liquide pour le marché.
  • Excursions : Bucarest ou Constanta en journée complète, réservation à bord.
  • À pied : berges, marché et centre accessibles depuis le débarcadère.
  • Langue : le roumain; l'anglais reste peu répandu hors des guides.

Fetesti appartient à cette catégorie d'étapes fluviales qui ne cherchent pas à séduire et qui, justement pour cela, laissent un souvenir net : celui d'un fleuve immense et tranquille, d'un pont qui fit la fierté d'un jeune pays, et d'une plaine où l'on mesure combien le Danube façonne la vie de ceux qui vivent à ses côtés. Le delta n'est plus très loin, et le fleuve le sait déjà : il ralentit, s'élargit et prend son temps, comme s'il voulait faire durer la fin du voyage.