Anadyr Russia
Russia

Des immeubles peints en bleu, en orange et en fuchsia se dressent face à un estuaire couleur d'étain : première image d'Anadyr, et elle ne s'oublie pas. Capitale de la Tchoukotka, à l'extrême nord-est de la Russie, la ville de quelque 15 000 habitants sert de porte d'entrée ou de sortie aux croisières d'expédition qui explorent le détroit de Béring et l'île Wrangel. On est ici à neuf fuseaux horaires de Moscou, sur un territoire plus vaste que la France où ne vivent que 50 000 personnes.

Une capitale posée sur le pergélisol

Tout Anadyr repose sur pilotis, le sol gelé interdisant les fondations classiques. Les façades multicolores, repeintes dans les années 2000 pour égayer les longs mois d'hiver, composent avec la toundra un contraste que les photographes adorent. La promenade mène du monument de Lénine, toujours en place, à la statue de Iouri Rytkheu, l'écrivain tchouktche qui fit connaître son peuple au monde, puis à la cathédrale de la Sainte-Trinité, l'une des plus grandes églises orthodoxes en bois construites sur pergélisol. Un belvédère domine la ville et l'estuaire, utile pour prendre la mesure du lieu.

Bélugas au pied du quai

L'estuaire de l'Anadyr regorge de vie. En été, quand les saumons remontent le fleuve, les bélugas chassent parfois jusque devant la jetée des passagers, accompagnés de phoques qui pointent leur tête ronde entre les vagues. Il suffit souvent de rester quelques minutes sur le quai, jumelles en main, pour assister au spectacle. Les goélands et les sternes complètent la scène, et les pêcheurs locaux tendent leurs filets comme on le fait ici depuis toujours.

La mémoire de la Tchoukotka

Le musée du patrimoine de la Tchoukotka rassemble ce qu'il faut voir pour comprendre la région : outils de chasse maritime, vêtements de peau cousus de perles, art de l'ivoire de morse gravé, souvenirs de l'époque soviétique. Les collections racontent les peuples tchouktches et yupiks, leurs campements de chasseurs de baleines et leur adaptation à l'un des climats les plus rudes de la planète. Les visites s'organisent facilement pendant l'escale, souvent avec un guide de l'expédition. Autour, la vie quotidienne offre son propre spectacle : cantines qui servent le poisson blanc du fleuve, magasins où les prix rappellent que tout arrive par bateau ou par avion, habitants curieux de croiser des voyageurs.

Avant le grand large

Pour la plupart des passagers, Anadyr n'est qu'un seuil : au-delà commencent les côtes sauvages de la Tchoukotka, les falaises à oiseaux, l'allée des os de baleine de l'île Yttygran et, pour les plus chanceux, l'île Wrangel et ses ours polaires. La ville mérite pourtant qu'on lui accorde ses quelques heures : c'est le dernier endroit avant longtemps où l'on trouvera un café, une école, une vie urbaine. Sur le pont, les ornithologues du bord guettent déjà les eiders et les premiers macareux huppés qui annoncent la suite du voyage.

Repères d'escale

AspectDétail
RôlePort d'embarquement ou de débarquement des expéditions du Béring
Accès à la villeSelon les cas, transfert en barge ou en zodiac depuis le mouillage
À voirMusée du patrimoine, cathédrale de bois, statue de Rytkheu, belvédère
FauneBélugas et phoques dans l'estuaire en saison des saumons
ConditionsÉté frais et venteux; coupe-vent chaud même en juillet

À l'appareillage, les façades colorées rapetissent dans la grisaille lumineuse du liman, et l'on songe à ceux qui restent : quinze mille personnes accrochées au bord du monde, avec leurs bélugas en contrebas. Peu d'escales laissent une impression aussi nette d'avoir touché une limite de la carte.