Bien avant Saint-Pétersbourg, la Russie regardait la mer par ici. Fondée en 1584 à l'embouchure de la Dvina septentrionale, Arkhangelsk fut pendant plus d'un siècle l'unique fenêtre maritime du pays, celle par où transitaient fourrures, goudron et navires marchands anglais et hollandais. Le fleuve est si large qu'on se croirait déjà en mer; les grues du port, les églises et les façades de bois composent une silhouette étirée, posée à plat sous un ciel immense.
Les quais et la promenade
Les navires accostent à quelques kilomètres du centre, que l'on rejoint en navette. La promenade aménagée le long du fleuve constitue le cœur battant de la ville : les habitants y marchent été comme hiver, entre monuments, plages de sable fluvial et embarcadères. En saison froide, la Dvina gèle d'ailleurs si solidement qu'on y trace des sentiers piétonniers. Un monument touchant s'y dresse aussi : celui du phoque, dont la chair sauva les habitants de la famine pendant la Seconde Guerre mondiale. On y croise le Gogol, un vapeur à aubes plus que centenaire, considéré comme le plus ancien navire à passagers encore en service au pays. Tout près, le cap Pur-Navolok marque l'endroit exact où la ville est née.
Gostiny Dvor, la mémoire marchande
Face à la Dvina se dresse la cour des marchands, un vaste ensemble fortifié élevé entre 1668 et 1684 par des maçons allemands et hollandais. Ces anciens entrepôts, parmi les plus vieux bâtiments de pierre du nord russe, abritent aujourd'hui le musée régional : maquettes de navires, cartes anciennes, objets des Pomors, ces habitants du littoral qui pêchaient jusqu'au Spitzberg, et souvenirs des convois arctiques de la Seconde Guerre mondiale. C'est la meilleure introduction à l'identité de ce territoire tourné vers les glaces.
La rue des maisons de bois
À quelques rues du fleuve, l'artère piétonne Tchoumbarova-Loutchinskogo rassemble les plus belles demeures de bois de la ville, déplacées ici pour les sauver de la démolition. Dentelles de fenêtres, balcons ouvragés, statues de personnages de contes nordiques : la promenade se fait le nez en l'air, entre salons de thé et petites galeries. Aux étals du marché central, non loin, chicoutés, airelles et poissons blancs de la mer Blanche rappellent que la taïga et la mer nourrissent toujours la région. On y prend la mesure d'une tradition charpentière que le Grand Nord a poussée jusqu'à l'art.
Malye Korely, le nord en plein air
À environ 25 kilomètres de la ville, le musée de plein air de Malye Korely déploie sur ses collines une centaine d'édifices de charpente des XVIe au XIXe siècles : églises à bulbes, clochers, moulins et fermes paysannes démontés puis remontés pièce par pièce depuis les villages de la région. Les sentiers serpentent entre les constructions, et l'on passe l'après-midi à pousser des portes basses pour trouver des intérieurs paysans reconstitués. La plupart des compagnies proposent l'excursion; en voici les repères.
| Repère | Distance | Durée indicative |
| Centre-ville et promenade | Environ 3 km du quai | Navette ou taxi |
| Gostiny Dvor | Au centre, face au fleuve | 1 à 2 heures |
| Rue Tchoumbarova-Loutchinskogo | À pied depuis le centre | 1 heure |
| Malye Korely | Environ 25 km | Demi-journée |
Sur le tard, le soleil d'été descend à peine : les nuits blanches donnent aux façades une lumière dorée qui n'en finit pas. Arkhangelsk demande un léger effort d'imagination, mais elle le rend au centuple. On quitte la Dvina en pensant aux Pomors qui partaient d'ici vers les mers polaires, et l'on comprend que la Russie du Nord possède sa propre histoire, écrite dans le bois et le sel.