Nizhny Novgorod Russia
Russia

Deux fleuves se rencontrent sous les murailles de Nijni Novgorod : l'Oka, venue du sud, se jette dans la Volga au pied d'un éperon couronné de tours rouges. Les bateaux de croisière fluviale accostent à la gare fluviale, sur le quai inférieur, et il suffit de lever les yeux pour comprendre l'escale entière : là-haut, le kremlin; entre les deux, un escalier monumental; partout, l'eau.

Monter vers le kremlin

Depuis le quai, l'escalier Tchkalov grimpe la falaise en deux grandes boucles de pierre : 560 marches, le plus long de Russie. On peut le gravir par étapes, en se retournant souvent, car la Volga s'élargit à chaque palier; les moins sportifs contourneront par la rampe routière ou un court trajet de taxi. Au sommet, la statue du pilote Valeri Tchkalov, enfant du pays et héros des premiers vols au long cours, précède l'entrée de la forteresse. Bâtie au début du XVIe siècle, celle-ci aligne treize tours le long de remparts qui épousent le relief comme une couture; c'est d'ici que partit en 1612 la milice populaire de Minine et Pojarski, libératrice de Moscou, dont la statue salue les passants près de la tour principale. À l'intérieur, les allées mènent à la cathédrale de l'Archange-Saint-Michel, église de pierre blanche du XVIIe siècle où repose Kouzma Minine, et à des belvédères plongeants sur la rencontre des deux fleuves, la Strelka, où brillent les coupoles de la cathédrale Alexandre-Nevski.

La rue qui descend vers la vie

Passé les remparts, la Bolchaïa Pokrovskaïa déroule son ruban piétonnier entre théâtres, cafés et musiciens de rue. C'est la promenade favorite des habitants, ponctuée de sculptures de bronze qu'on frotte pour la chance — la chèvre joyeuse près du théâtre dramatique est la plus photographiée. La rue descend en pente douce sur plus d'un kilomètre, des remparts jusqu'à la place Gorki, et l'on peut la parcourir dans un sens puis revenir par les ruelles parallèles, où les cours intérieures et les balcons de fer forgé racontent le XIXe siècle marchand. Un bâtiment arrête tous les regards : la Banque d'État, achevée en 1913, forteresse de conte aux toits pointus, exemple flamboyant du style néorusse. Les librairies, les salons de thé et les vendeurs de glaces invitent à ralentir; on mange ici des pirojki à toute heure, et l'hiver n'y change rien.

Marchands et écrivains

Fondée en 1221, la cité a longtemps été le grand comptoir du pays : sa foire du XIXe siècle attirait des négociants de tout l'empire et d'au-delà, et l'expression « poche de la Russie » lui est restée. C'est aussi le berceau de Maxime Gorki, qui lui donna son nom durant la période soviétique, décennies où elle demeura fermée aux étrangers en raison de ses usines militaires. Les musées consacrés à l'écrivain, les maisons de bois aux fenêtres sculptées des rues adjacentes et les demeures de marchands de la haute berge, comme le manoir Roukavichnikov, racontent cette double identité, commerçante et littéraire, assumée aujourd'hui avec un plaisir évident.

Traverser le ciel

S'il reste du temps, une expérience locale s'impose : le téléphérique qui enjambe la Volga vers la petite cité de Bor, près de quatre kilomètres de câble au-dessus des eaux, des îles et des prairies inondables. Les habitants l'utilisent comme un autobus; les visiteurs y gagnent le plus beau panorama qui soit sur la falaise et ses tours, surtout en fin d'après-midi, quand le soleil rase les coupoles. Redescendu vers la gare fluviale, on longe une dernière fois les façades restaurées du quai inférieur, où terrasses et musées de poche occupent les anciens entrepôts, avant l'appareillage. Le navire s'éloigne, l'éperon rocheux glisse lentement vers l'arrière, et l'on comprend pourquoi les marchands d'autrefois juraient qu'aucune cité de la Volga n'avait plus fière allure.