Petropavlovsk-Kamchatsky Kamchatka Russia
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Trois pitons de roche montent la garde à l'entrée de la baie d'Avatcha : les Trois Frères, sentinelles de pierre que chaque navire salue en entrant dans l'une des plus vastes rades naturelles du monde. Derrière eux, des volcans coiffés de neige ferment l'horizon, et une ville de la taille d'une préfecture s'accroche aux collines. Petropavlovsk-Kamtchatski, capitale du Kamtchatka, vit au bout de la Russie, à neuf fuseaux horaires de Moscou, sans aucune route pour la relier au reste du continent.

Une rade taillée pour les découvreurs

L'endroit doit son nom à deux navires : le Saint-Pierre et le Saint-Paul, avec lesquels Vitus Béring établit ce mouillage en 1740 avant de partir vers l'Alaska. Le port a même repoussé un assaut franco-britannique en 1854, épisode dont les habitants gardent fièrement la mémoire. Le grand explorateur danois au service des tsars a laissé son nom à la mer voisine, et son monument veille toujours sur le centre-ville. Non loin, une stèle honore Charles Clerke, compagnon du capitaine Cook mort ici en 1779 : les grandes expéditions du Pacifique se sont toutes croisées dans cette baie.

Les volcans du quotidien

Les habitants les appellent leurs « volcans domestiques » : le Koriakski et l'Avatchinski dressent leurs cônes à moins de 30 kilomètres du centre, visibles depuis les arrêts d'autobus comme depuis les fenêtres des cuisines. Le Kamtchatka aligne des dizaines de volcans actifs, dont plusieurs sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour comprendre cette terre en fusion, le Vulcanarium, musée fondé par un volcanologue, met littéralement la lave entre les mains des visiteurs, avec démonstrations et échantillons à toucher.

La colline Michennaïa

Le meilleur point de vue s'atteint sans équipement : la colline Michennaïa, qui s'élève derrière le centre, se gravit à pied ou en véhicule en une trentaine de minutes. Du sommet, le regard embrasse toute la baie d'Avatcha, les toits multicolores étagés sur les pentes, les chalutiers au mouillage et, par temps clair, l'alignement complet des cônes enneigés. Le vent y souffle fort, prévoyez un coupe-vent même en été : la récompense le vaut largement.

Caviar, crabe et poisson fumé

Au marché central, les comptoirs racontent l'économie de la péninsule : caviar rouge de saumon vendu à la louche, crabes géants du Pacifique, filets de flétan et de saumon fumés sur place; selon la saison, baies nordiques et champignons complètent les étals. Les vendeuses tendent des cuillères de dégustation par-dessus les vitrines, et les prix laissent songeurs les habitués des épiceries fines. Quelques cafés du centre servent l'oukha, la soupe de poisson claire, accompagnée de pain noir, réconfort bienvenu sous ces latitudes.

La rade comme terrain d'aventure

Selon la durée de l'escale et l'humeur du Pacifique, des excursions en bateau sortent vers l'île Starichkov, réserve naturelle où nichent macareux, guillemots et mouettes tridactyles par dizaines de milliers, avec de bonnes chances de croiser orques et loutres de mer en chemin. Les journées les plus dégagées permettent aux hélicoptères de gagner la vallée des Geysers, l'un des plus grands champs geysériens de la planète, mais cette sortie longue et coûteuse dépend entièrement de la météo, changeante comme partout au Kamtchatka.

Le bout du monde en partage

Au moment de quitter la rade, les Trois Frères repassent à tribord et les grands cônes s'alignent une dernière fois dans le sillage. On comprend alors ce qui rend cette escale singulière : ici, la nature n'est pas un décor autour de la ville, c'est la ville qui campe, avec une obstination admirable, au milieu d'une nature souveraine. Peu de passagers oublient leur premier regard sur la baie d'Avatcha.