Peu de villes furent dessinées pour être vues depuis l'eau, et Saint-Pétersbourg est de celles-là. Fondée par Pierre le Grand sur les marécages de la Neva pour donner à la Russie une fenêtre sur l'Europe, l'ancienne capitale impériale déploie ses palais, ses canaux et ses dômes dorés sur un damier de rives et d'îles. Les paquebots accostent au terminal de la Façade Maritime, construit sur des terres gagnées sur le golfe de Finlande à la pointe de l'île Vassilievski. De là, un court trajet en taxi ou en autocar suffit pour plonger dans le centre historique, inscrit au patrimoine mondial.
L'Ermitage, un océan d'art
Sur la place du Palais, le vert amande du palais d'Hiver annonce la démesure : l'Ermitage compte parmi les plus vastes musées du monde, avec des collections qui vont des antiquités aux toiles de Rembrandt et de Matisse. Une escale ne permet d'en voir qu'une fraction, et c'est très bien ainsi. Concentrez-vous sur quelques salles — l'escalier Jordan, la galerie des peintres flamands, les salons d'apparat — et gardez du temps pour admirer les parquets marquetés et les lustres, œuvres d'art à part entière. Réserver son entrée ou passer par une excursion évite les longues files ; le bâtiment principal, ancienne résidence officielle des tsars, vaut d'ailleurs autant que ses collections.
Dômes et mosaïques
Deux églises résument à elles seules l'âme architecturale de la ville. Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé, hérissée de bulbes multicolores, semble sortie d'un conte moscovite ; son intérieur, couvert de mosaïques du sol aux voûtes, laisse les visiteurs à court de mots. À quelques rues, la cathédrale Saint-Isaac joue une toute autre partition : colonnes de granit monumentales et coupole dorée visible à des kilomètres. Les plus énergiques grimpent à sa colonnade pour embrasser d'un seul regard les toits, la Neva et les flèches de la forteresse Pierre-et-Paul.
La perspective Nevski
Artère mythique de la littérature russe, la perspective Nevski traverse le centre sur plusieurs kilomètres, bordée de palais, de galeries marchandes et de cafés historiques. Marchez-en ne serait-ce qu'un tronçon, entre le pont Anitchkov, gardé par ses statues équestres, et la colonnade en arc de cercle de la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan : enseignes anciennes, librairies historiques et flot des passants donnent le pouls de la ville. Une pause s'impose dans l'un des cafés d'époque pour goûter un thé brûlant accompagné d'une pâtisserie, comme le veut une tradition bien ancrée depuis le temps des grands romanciers.
La ville vue des canaux
On surnomme parfois Saint-Pétersbourg la Venise du Nord, et une promenade en bateau sur la Moïka ou la Fontanka justifie la comparaison. Au fil de l'eau, les façades baroques et néoclassiques défilent dans des camaïeux de jaune, de turquoise et de rose, ponctués de ponts dont certains se lèvent la nuit pour laisser passer les cargos. C'est la façon la plus reposante de mesurer l'unité architecturale voulue par les tsars, et de comprendre pourquoi les écrivains russes ont tant aimé raconter ces quais de granit.
Peterhof, si le temps le permet
Les escales de deux jours, fréquentes ici, ouvrent la porte aux grands domaines impériaux des environs. Le plus spectaculaire reste Peterhof, au bord du golfe : ses jardins en terrasses alignent des dizaines de fontaines dorées qui fonctionnent sans aucune pompe, par simple gravité. La Grande Cascade, face à la mer, vaut à elle seule le déplacement en hydroglisseur.
Aux dernières lueurs
Au moment où le navire s'écarte de la Façade Maritime, les dômes accrochent les derniers rayons — et durant les nuits blanches de juin, cette lumière semble ne jamais vouloir mourir. On repart avec des images plein la tête, conscient d'avoir seulement feuilleté l'un des plus épais volumes d'histoire d'Europe. Il faudra revenir pour lire les chapitres manquants.