Sevastopol Crimea Russia-Ukraine
Russia

Sébastopol s'étage en amphithéâtre au-dessus d'une succession de baies profondes, parmi les plus belles rades naturelles de la mer Noire. Son nom, forgé sur le grec, signifie « ville majestueuse », et la pierre blanche de ses édifices, les escaliers monumentaux et les colonnades du front de mer donnent raison aux fondateurs de 1783. Peu de cités portuaires concentrent autant d'histoire au kilomètre carré : colonies grecques, sièges célèbres, flottes impériales. C'est cette épaisseur du temps que l'on vient toucher ici, entre deux respirations d'air marin.

Le débarcadère du Comte

Le cœur maritime de la ville bat autour de la Grafskaïa, le débarcadère du Comte, une colonnade blanche posée sur l'eau qui sert d'emblème à Sébastopol depuis le XIXe siècle. De là, les quais s'ouvrent sur une promenade où les habitants viennent flâner au coucher du soleil, entre monuments aux marins, kiosques et vues sur les bâtiments ancrés dans la rade. La cité se lit d'abord depuis cette esplanade, véritable carnet des gloires et des deuils de la flotte, que les habitants traversent chaque jour sans se lasser du panorama.

Chersonèse, la Grèce antique en Crimée

Aux portes de la ville, les ruines de Chersonèse Taurique rappellent que des colons grecs ont fondé ici, voilà environ 2500 ans, un comptoir prospère. Colonnes dressées face à la mer, fondations de basiliques, théâtre antique : le site se parcourt entre les herbes sèches, dans la lumière crue du littoral. Le lieu occupe aussi une place particulière dans l'histoire religieuse : la tradition y situe, en 988, le baptême du prince Vladimir, événement fondateur de la christianisation de la Rus'. Un musée archéologique, riche des trouvailles de plus d'un siècle de fouilles, accompagne la visite et lui donne toute sa profondeur.

Le Panorama et la mémoire des sièges

La ville a subi deux sièges restés dans les manuels, celui de la guerre de Crimée au milieu du XIXe siècle et celui de la Seconde Guerre mondiale. Le musée-Panorama, inauguré en 1905 pour le cinquantenaire de la première défense, en conserve le témoignage le plus spectaculaire : une toile circulaire de Franz Roubaud, longue d'environ 115 mètres et haute de 14, qui plonge le visiteur au cœur des bastions de 1855. On y monte par quelques volées de marches, et l'illusion saisit encore, plus de cent ans après l'inauguration : fumées, redoutes, ciel chargé, tout y est. Sur la colline de Malakhov, les ouvrages fortifiés des deux époques se visitent parmi les arbres, avec la rade en contrebas.

Une ville qui se marche

Entre deux sites, le centre réserve de belles surprises aux marcheurs : perspectives néoclassiques, places ombragées, escaliers qui dévalent vers les criques. Les terrasses servent poissons de la mer Noire et vins de la presqu'île, et les conversations s'étirent volontiers. La lumière du sud, réverbérée par la pierre claire, donne aux fins d'après-midi une douceur particulière que les habitués de la Méditerranée reconnaîtront au premier regard.

Repères pour l'escale

  • Chersonèse se trouve à courte distance du centre; taxi ou excursion selon l'horaire.
  • Le Panorama demande environ une heure de visite, montée comprise.
  • Prévoir chapeau et eau en été : l'ombre se fait rare sur les sites antiques.
  • De bonnes chaussures aident dans les escaliers et sur les pavés du front de mer.

En reprenant le large

Quand le navire s'éloigne des passes, les colonnades blanches s'amenuisent entre mer et collines, et l'on mesure ce que cette rade a vu passer d'empires et de flottes. Sébastopol ne se raconte pas en une escale; elle se laisse entrevoir, par strates, de la colonne grecque au bastion de la guerre de Crimée. C'est peut-être la définition même d'une grande ville d'histoire : on en repart avec davantage de questions que de réponses, et l'envie d'ouvrir un livre dès le retour en cabine.