Le Ladoga n'est pas un lac comme les autres : c'est le plus vaste d'Europe, une mer intérieure semée d'écueils et d'archipels, dont les rives nord dessinent des fjords de granit couverts de pins. Sortavala se cache au fond de l'une de ces échancrures, en Carélie russe, à une centaine de kilomètres de la frontière finlandaise. Les bateaux qui sillonnent le lac en font leur port d'attache pour deux merveilles voisines : l'île monastique de Valaam et le canyon de marbre de Ruskeala.
Une ville aux accents finlandais
Sortavala a longtemps appartenu à la Finlande, et son centre en garde l'empreinte. Les rues alignent maisons de bois ouvragées et immeubles de pierre du romantisme national nordique, cette architecture du début du XXe siècle aux façades rugueuses, aux tourelles et aux porches sculptés. On flâne agréablement entre la place centrale, les quais de plaisance et les points de vue dégagés sur la baie et ses îlots. La galerie consacrée à Kronid Gogolev, maître de la sculpture sur bois, mérite une halte : ses grands panneaux en relief, fouillés jusqu'au moindre brin d'herbe, racontent la vie carélienne avec une virtuosité qui laisse songeur.
Valaam, l'archipel des moines
Au large, à environ cinquante minutes d'hydroglisseur, l'archipel de Valaam émerge du lac comme une apparition : dômes bleus et clochers blancs posés au-dessus des forêts, entre ciel et eau. Son monastère, fondé selon la tradition au Moyen Âge, demeure l'un des grands foyers spirituels de la Russie du Nord. La cathédrale de la Transfiguration, récemment restaurée, éblouit par ses iconostases dorées, tandis que les skites disséminés dans les bois se rejoignent par des sentiers entre chapelles, potagers monastiques et rivages de granit poli. Les chants des moines, quand l'heure des offices coïncide avec la visite, comptent parmi les souvenirs les plus forts du voyage.
Ruskeala, le marbre et l'eau
À une trentaine de kilomètres au nord de la ville, l'ancienne carrière de Ruskeala s'est muée en parc de montagne. Le marbre qu'on y extrayait servit aux monuments de Saint-Pétersbourg, dont la cathédrale Saint-Isaac. Aujourd'hui, les parois claires plongent dans une eau turquoise d'une transparence irréelle : on longe le canyon par des sentiers suspendus, on le parcourt en barque jusqu'aux grottes, et les plus audacieux le survolent en tyrolienne. Pour s'y rendre avec panache, un train rétro à vapeur, le Ruskeala Express, relie la gare de la ville au parc en une heure de wagons anciens et de panaches blancs au-dessus des forêts.
| Excursion | Trajet depuis Sortavala | Points forts |
| Île de Valaam | 50 minutes d'hydroglisseur | Monastère, skites, chants liturgiques |
| Ancienne carrière | 30 km, route ou train à vapeur | Canyon de marbre, grottes, barques |
Saveurs caréliennes
Entre deux excursions, la table locale vaut l'arrêt : kalitki, ces petites tartelettes de seigle garnies de pomme de terre ou de millet, poissons fumés du lac, baies des forêts servies en confitures et en boissons chaudes après les heures passées au grand air. Les étals proposent aussi l'artisanat du bouleau et les tissages qui rappellent la parenté culturelle des deux rives de la frontière.
Quand le bateau reprend le large
Au départ, les îlots de granit défilent lentement, chacun coiffé de ses pins accrochés aux fissures. La lumière nordique s'attarde sur l'eau, douce même en plein été. Avec un peu de chance, une tête ronde crève la surface : le phoque annelé du Ladoga, une forme propre au lac, accompagne parfois les bateaux sur quelques encablures. Sortavala laisse le sentiment d'avoir touché une Carélie à plusieurs voix, finlandaise par ses pierres, russe par ses dômes, et d'avoir navigué sur un lac qui a la mémoire longue et la beauté tranquille.