Du haut du Venets, la Volga ressemble à une mer intérieure : retenue ici par le réservoir de Kouïbychev, elle s'élargit au point que la rive opposée se devine à peine par temps clair. Oulianovsk, l'ancienne Simbirsk, occupe le sommet de cette haute falaise, et toute l'escale se joue entre le débarcadère, tout en bas, et la « couronne » de boulevards qui domine l'eau. La montée se fait en navette ou en taxi depuis l'embarcadère, et la récompense arrive dès les premiers pas sur le belvédère, quand l'horizon s'ouvre d'un coup.
La couronne au-dessus du fleuve
Venets signifie couronne, et l'image se comprend vite : le boulevard suit le rebord du plateau, planté d'arbres et de bancs tournés vers l'immensité. Les habitants viennent y marcher en fin de journée, quand la lumière rase l'eau et découpe la silhouette du pont Impérial, un ouvrage ferroviaire centenaire qui enjambe la Volga sur près de deux kilomètres. Plus loin en aval, le pont Présidentiel, l'un des plus longs du pays, trace une seconde ligne sur l'horizon. Entre les deux, des cargos et des navires blancs remontent lentement le courant, minuscules vus d'en haut, et l'on reste volontiers accoudé au parapet à les suivre des yeux. Peu de belvédères fluviaux offrent pareille impression de large.
Simbirsk, ville de lettres
Avant de s'appeler Oulianovsk, la cité se nommait Simbirsk et cultivait ses écrivains. Ivan Gontcharov, l'auteur d'Oblomov, y naquit dans une famille de marchands; une demeure du centre lui consacre un musée où l'on retrouve le mobilier lourd, les portraits sévères et les samovars de la bourgeoisie du XIXe siècle, ce monde un peu somnolent dont son héros en robe de chambre reste le symbole. Une tour d'angle coiffée d'une horloge signale l'endroit de loin. Autour, un quartier préservé aligne maisons de bois à fenêtres sculptées, palissades et cours ombragées : une réserve d'ambiance qui restitue la ville d'avant les grands bouleversements. On y marche au son des samaras d'érable qui craquent sous les semelles, en imaginant les calèches et les robes longues d'autrefois.
La maison où naquit un siècle
Oulianovsk doit son appellation actuelle à son enfant le plus célèbre : Vladimir Oulianov, entré dans l'histoire sous le nom de Lénine. La ville conserve la maison familiale, le gymnase où il étudia et un vaste mémorial construit à l'époque soviétique, dont les salles rassemblent des dizaines de milliers de pièces : photographies, documents, reconstitutions d'intérieurs. Qu'on s'y attarde ou non, l'ensemble fascine comme témoignage d'un culte d'État figé dans le marbre et le béton, et les guides locaux en parlent aujourd'hui avec une distance instructive. L'endroit se visite en une heure ou deux, à quelques minutes du belvédère, et l'esplanade voisine ménage encore une échappée sur l'eau, comme si la cité ne voulait jamais s'en éloigner tout à fait.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Boulevard du Venets et belvédère | Environ 2 km (forte montée) | Navette, taxi ou marche soutenue |
| Mémorial et maisons de Lénine | Environ 2,5 km | Taxi ou navette, puis à pied |
| Musée Gontcharov et quartier ancien | Environ 3 km | Taxi, retour à pied par le Venets |
Les circuits de la moyenne Volga inscrivent Oulianovsk à leur itinéraire selon les saisons, souvent entre Kazan et Samara, et l'escale y dure une demi-journée. C'est suffisant pour goûter le contraste qui fait le caractère du lieu : en bas, une eau large comme un bras de mer; en haut, une ville qui a donné à la littérature un dormeur célèbre et à l'histoire un révolutionnaire qui ébranla le monde. En redescendant vers la passerelle, on jette un dernier regard à la couronne verte au-dessus du rivage, et l'on comprend que la vieille Simbirsk veille toujours sur son fleuve.