Le mouillage se prend au large, dans une eau dont les dégradés — turquoise sur les hauts-fonds, bleu dense au-delà du récif — annoncent la mer Rouge dans toute sa clarté. Un transbordeur conduit ensuite les passagers vers un quai situé à environ cinq kilomètres de la ville. Al Wajh, cité de pêcheurs de la province de Tabuk, semble modeste au premier regard; elle garde pourtant la porte de l'un des plus grands ensembles archéologiques du Proche-Orient, l'oasis d'AlUla et les tombeaux de Hegra.

Al-Balad, la vieille ville de corail

Avant de filer vers le désert, le vieux quartier mérite qu'on lui consacre une heure. Ses maisons marchandes, bâties en pierre de corail extraite du rivage, alignent des balcons de bois ouvragés qui filtraient autrefois la lumière et la brise. La plupart sont aujourd'hui abandonnées, et cette absence même donne au lieu sa force : on y devine un comptoir qui vécut du commerce entre l'Égypte, le Hedjaz et les routes de La Mecque. En contrebas, les barques du port de pêche rappellent que la mer nourrit toujours la ville : filets étendus au soleil, glacières que l'on charge, mouettes en escorte. La corniche, simple et tranquille, se prête à une marche matinale avant la chaleur.

La longue route vers l'oasis

La plupart des compagnies proposent ici leur grande excursion vers AlUla, à environ deux heures trente de route. Le trajet fait partie du voyage : plaines de sable, plateaux de basalte, montagnes ocre qui changent de teinte avec l'heure. À l'arrivée, la palmeraie surgit comme une promesse tenue, serrée entre les falaises. La vieille ville d'AlUla, labyrinthe de maisons de brique crue longtemps habitées puis délaissées, se parcourt par ses ruelles couvertes et ses placettes restaurées, entre ateliers d'artisans et points de vue sur la palmeraie. Selon les programmes, l'excursion inclut aussi les vestiges de l'antique royaume de Dadan, les milliers d'inscriptions gravées du canyon de Jabal Ikmah — véritable bibliothèque à ciel ouvert — ou un arrêt devant le rocher de l'Éléphant, monolithe de grès dont la trompe semble boire le sable.

Hegra, la soeur méridionale de Pétra

Premier lieu saoudien inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, Hegra rassemble plus d'une centaine de tombeaux monumentaux creusés par les Nabatéens il y a deux mille ans dans des massifs de grès isolés. Les façades sculptées — corniches, aigles, rosaces — surgissent du désert sans autre décor que le silence. Le plus célèbre, Qasr al-Farid, occupe seul son rocher, inachevé et d'autant plus émouvant. Les visites se font en petits groupes accompagnés, ce qui préserve l'atmosphère du lieu. Entre deux massifs, le désert reprend ses droits, et le silence qui entoure les façades vaut tous les commentaires : on entend le vent, un oiseau, ses propres pas dans le sable.

Composer sa journée

  • L'excursion vers AlUla et Hegra occupe la journée entière : départ matinal, retour en fin d'après-midi.
  • Prévoir de l'eau, un chapeau et des vêtements couvrants et légers; la chaleur est sèche et le soleil, direct.
  • Ceux qui restent près du navire peuvent marcher dans Al-Balad, longer la corniche et observer le va-et-vient des pêcheurs.
  • Les infrastructures touristiques d'Al Wajh demeurent limitées : mieux vaut composer sa journée avec les services de la compagnie.

Au retour, quand la passerelle se relève et que la côte s'efface dans le soir, les images se bousculent : balcons de bois du vieux quartier, palmeraie enserrée dans la roche, façades nabatéennes rougies par le couchant. Peu d'escales offrent un tel écart entre la discrétion du point de départ et l'ampleur de ce qui s'y cache. C'est précisément ce qui donne envie d'y retourner, avant que le monde entier ne s'y presse.