La côte apparaît nue et minérale : des montagnes ocre qui tombent vers la mer Rouge, une bande littorale claire, quelques grues. Duba — ou Dhiba — est le premier port saoudien que rencontrent les navires venus du canal de Suez, et l'une des portes d'entrée les plus récentes du royaume pour les croisiéristes. Ici, pas de vieille cité à arpenter au débarqué : l'escale se vit comme une journée d'expédition vers l'intérieur des terres, où l'Arabie du Nord-Ouest révèle des paysages que peu de voyageurs ont encore vus.
Une petite cité de la mer Rouge
Duba compte environ 22 000 habitants, un port de commerce actif et un traversier qui relie l'Arabie saoudite à l'Égypte. La ville elle-même vit de la pêche et du transit : sa corniche, son marché aux poissons et ses mosquées composent un décor quotidien sans fard; la mer Rouge, ici, cache des récifs coralliens demeurés remarquablement intacts, et des sorties de baignade ou de plongée libre figurent parfois au programme selon les compagnies, où les visiteurs demeurent une nouveauté. C'est précisément ce qui frappe : l'ouverture touristique du royaume est récente, et la curiosité joue dans les deux sens. Un sourire et quelques mots d'anglais suffisent souvent à déclencher une conversation autour d'un café à la cardamome.
Tabuk, la capitale du Nord
La plupart des excursions filent vers Tabuk, à environ 180 kilomètres par la route. La capitale provinciale conserve un fort du 16e siècle, étape historique des caravanes de pèlerins en route vers Médine et La Mecque, ainsi qu'une gare restaurée du légendaire chemin de fer du Hedjaz, dont les locomotives rappellent l'épopée — et le passage de Lawrence d'Arabie dans la région. Le trajet lui-même a des allures d'excursion : plaines de basalte, dunes claires et massifs déchiquetés défilent derrière les vitres.
Wadi Disah, le canyon aux palmiers
Les journées les plus longues mènent en véhicule tout-terrain jusqu'au wadi Disah, l'un des plus beaux canyons d'Arabie. Entre des parois de grès sculptées par l'érosion, une source alimente un ruban de palmiers et de roseaux — une oasis linéaire inattendue au milieu de la pierre. On y marche à l'ombre des falaises, on y partage thé, dattes et hospitalité bédouine sur les tapis d'un campement. L'excursion demande plusieurs heures de route; elle s'adresse aux voyageurs qui veulent voir l'Arabie des paysages bruts, pas celle des centres commerciaux.
NEOM, le futur en chantier
Duba se trouve aussi aux portes de NEOM, la région futuriste que le royaume fait surgir du désert au bord de la mer Rouge. Le chantier, colossal, reste largement fermé au public, mais sa présence explique les routes neuves et l'activité qui gagne la côte; les voyageurs se contentent, pour l'heure, d'en apercevoir les chantiers au fil de la navigation. L'escale offre ainsi un instantané rare : un pays en pleine métamorphose, observé depuis l'une de ses marges les plus tranquilles.
À savoir avant de descendre
- Le débarquement se fait dans un port de commerce; les excursions organisées constituent la façon la plus simple de rayonner.
- Compter de longues distances : Tabuk à environ 2 heures de route, le wadi Disah davantage.
- Tenue couvrant épaules et genoux recommandée; l'eau et le chapeau sont indispensables.
- La monnaie est le riyal; les cartes passent bien en ville, moins dans le désert.
Le soir venu, quand le navire reprend la mer face aux montagnes embrasées par le couchant, l'escale laisse le sentiment d'avoir entrouvert une porte que le monde commence à peine à pousser. Peu d'itinéraires offrent encore cela : un rivage dont les guides de voyage s'écrivent en ce moment même. Les canyons du Nord-Ouest saoudien, eux, n'ont pas fini de faire parler.