Des balcons de bois sculpté qui s'avancent au-dessus des ruelles, du corail fossile en guise de pierre à bâtir : le vieux Djeddah ne ressemble à aucun autre centre ancien du monde arabe. Porte maritime de La Mecque depuis le septième siècle, la cité a vu passer des générations de pèlerins et de marchands, et ce brassage se lit encore sur ses façades. Les navires accostent au port islamique, à une dizaine de kilomètres du cœur urbain; la zone est industrielle et la sortie à pied n'y est pas permise — navettes et taxis prennent le relais, en vingt à trente minutes selon la circulation.
Al-Balad, le quartier classé
Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2014, Al-Balad concentre l'identité de la ville : hautes maisons de pierre corallienne, dont la célèbre Bayt Nassif, et ces balcons-moucharabiehs appelés roshan, ouvragés comme des dentelles, qui filtraient la brise marine bien avant la climatisation. On se perd volontiers dans les venelles, entre restaurateurs de façades, galeries d'art installées dans les demeures anciennes et cafés où l'on sert le qahwa parfumé à la cardamome. Près de Bab Makkah, l'ancienne porte des caravanes, le soir ramène une animation qui n'a rien de touristique : vendeurs ambulants, familles en promenade, appels des marchands de jus — le quartier vit d'abord pour ses habitants, et c'est sa plus grande qualité.
Les souks
Autour du souk Al-Alawi, les étals débordent d'encens, d'oud, d'épices, de dattes et de tissus. L'endroit approvisionne les pèlerins depuis des siècles, et cette vocation lui donne une atmosphère différente des bazars touristiques : on y commerce pour de vrai. Marchander fait partie de l'échange, toujours avec courtoisie — et un thé accepté vaut souvent mieux qu'une remise.
La corniche et la fontaine
Le front de mer aménagé s'étire sur une trentaine de kilomètres : promenades, familles installées à la fraîche et sculptures en plein air, dont certaines signées de grands noms de l'art moderne — un musée à ciel ouvert dont la ville s'est dotée dès les années 1970. La mosquée Al-Rahma, posée sur pilotis au-dessus de l'eau, semble flotter à marée montante; plus au sud, la fontaine du roi Fahd propulse son jet à plusieurs centaines de mètres — l'un des plus hauts du monde, visible de presque partout dès la tombée du jour. Le contraste résume la ville : d'un côté les venelles du seizième siècle, de l'autre ce panache d'eau salée illuminé au large.
Saveurs de la mer Rouge
Djeddah mange au rythme de son port : poissons grillés choisis sur l'étal, riz sayadiyah, crevettes au citron noir. Les restaurants du bord de mer comme les cantines d'Al-Balad servent des tables généreuses à des prix raisonnables; les amateurs de sucré finiront sur une assiette de luqaimat, beignets croustillants arrosés de sirop de datte.
Bon à savoir
- Une tenue couvrant épaules et genoux est de mise pour tous; l'abaya n'est plus exigée des visiteuses.
- La chaleur commande de visiter tôt le matin ou en fin de journée, bouteille d'eau en main.
- L'accès à La Mecque demeure réservé aux musulmans; l'escale se vit pleinement à Djeddah même.
- Le vendredi, souks et musées ouvrent surtout l'après-midi.
Au retour vers le navire, une image s'impose souvent : celle de ces balcons de bois patinés qui veillent sur les ruelles depuis des siècles, pendant que les tours de verre poussent à l'horizon. Djeddah vit exactement dans cet entre-deux — et c'est là, quelque part entre l'encens et l'air salin, que l'escale laisse sa trace.