Le Danube n'est nulle part aussi large qu'ici : face à Golubac, le fleuve s'étale sur plusieurs kilomètres, pareil à un lac posé entre la Serbie et la Roumanie. Et au moment précis où cette immensité se resserre pour s'engouffrer dans les gorges des Portes de Fer, neuf tours de pierre montent la garde depuis le Moyen Âge. La forteresse de Golubac compte parmi les images les plus fortes de toute la navigation danubienne, et la voir grandir depuis le pont d'un navire reste un moment que peu d'escales peuvent égaler.
Neuf tours au bord de l'eau
Édifiée au XIVe siècle sur un éperon rocheux, la place forte verrouillait l'entrée du défilé, point de passage stratégique entre les mondes hongrois, serbe et ottoman. Ses tours, hautes de 20 à 25 mètres, s'étagent du rivage jusqu'à la crête, reliées par des remparts qui épousent la pente. Turcs, Hongrois et Serbes se la sont disputée pendant des siècles; elle a changé de mains à maintes reprises sans jamais tomber en ruine complète, avant une restauration soignée qui lui a rendu chemins de ronde et passerelles.
La visite de la forteresse
Les navires fluviaux font halte au pied du site ou dans la petite ville de Golubac, à quelques kilomètres en amont. La visite suit les niveaux de la place forte : cour basse et expositions près de l'entrée, puis montée progressive vers les étages supérieurs par des escaliers et des sentiers aménagés. L'effort est réel — les marches sont nombreuses — mais chaque palier dévoile un peu plus le paysage, jusqu'au panorama final sur le fleuve immense d'un côté et l'entrée sombre des gorges de l'autre. De bonnes chaussures suffisent; le vertige, lui, se gère au cas par cas. Compter au moins une heure et demie pour une montée complète, davantage si l'on s'attarde aux expositions.
Aux portes du défilé
La citadelle marque le seuil du parc national de Djerdap, qui protège la plus longue percée fluviale d'Europe. En aval, les falaises se rapprochent jusqu'à enserrer le Danube dans des couloirs spectaculaires que les navires traversent généralement le jour même. Certains itinéraires complètent l'escale par le site archéologique de Lepenski Vir, en aval, où une communauté de pêcheurs prospérait il y a plus de 8 000 ans : ses sculptures de pierre aux visages de poisson figurent parmi les plus anciennes d'Europe. Le musée du site, moderne et lumineux, les présente dans leur contexte.
Le village et ses vergers
Golubac même reste un bourg paisible, étiré entre le fleuve et les collines. Quelques cafés bordent la rive, des vergers grimpent sur les pentes et les pêcheurs vendent leur prise du matin. L'endroit vit de la pomme, du miel et, de plus en plus, des visiteurs venus pour les vieilles pierres. Au printemps, les vergers en fleurs blanchissent les pentes; à l'automne, les étals débordent de pommes et de coings. Une promenade le long de l'eau, un café turc serré en terrasse, et l'on saisit le rythme de cette Serbie rurale que les capitales ne montrent pas.
Repères pour l'escale
| Élément | Détail |
| Halte | Au pied des remparts ou au bourg voisin selon les itinéraires |
| Visite | Parcours en paliers; nombreuses marches, points de vue à chaque niveau |
| À proximité | Gorges des Portes de Fer en aval, site préhistorique de Lepenski Vir |
| À prévoir | Chaussures fermées, eau, et appareil photo prêt dès l'approche fluviale |
On ne visite pas une sentinelle pareille : on la mesure du regard, comme le faisaient les navigateurs d'autrefois en retenant leur souffle avant le défilé. Lorsque le navire double enfin les neuf tours et s'engage dans les gorges, chacun comprend pourquoi les empires se sont battus si longtemps pour ce verrou de pierre — et pourquoi le Danube, ici, se mérite.