Kostolac Serbia
Serbia

Des champs de maïs, une centrale électrique, le Danube qui coule large et tranquille : rien, au premier regard, n'annonce que l'on accoste au-dessus d'une capitale romaine. C'est pourtant la raison d'être de l'escale de Kostolac, en Serbie orientale. À trois kilomètres du fleuve dorment les ruines de Viminacium, cité qui commanda jadis toute une province de l'Empire, et que les archéologues exhument pelle après pelle au milieu des cultures. Les bateaux de croisière du bas Danube, en route vers les Portes de Fer, s'arrêtent ici précisément pour elle, et rares sont les passagers qui redescendent la passerelle sans avoir changé d'idée sur ce coin de Serbie.

Viminacium, capitale oubliée

Fondée au Ier siècle comme camp de légion près du confluent de la Morava et du Danube, Viminacium devint la capitale de la Mésie supérieure, place militaire et commerçante de premier ordre sur la frontière de l'Empire. Des empereurs y séjournèrent, des armées s'y rassemblèrent avant les campagnes du nord, et la cité frappa même sa propre monnaie durant quelques décennies. Contrairement à tant de sites antiques recouverts par des villes modernes, elle n'a jamais été rebâtie : ses rues, ses thermes et ses nécropoles attendent sous les champs, ce qui en fait un terrain d'étude exceptionnel que l'UNESCO a inscrit sur sa liste indicative du patrimoine mondial.

Marcher dans les fouilles

La visite se fait avec des guides du site, souvent archéologues eux-mêmes, dont l'enthousiasme est contagieux. Sous de grands abris, on parcourt les thermes aux salles chauffées par le sol, les vestiges des portes du camp militaire, et un mausolée où les fresques funéraires ont conservé des visages peints il y a dix-sept siècles, dont celui, très émouvant, d'une jeune femme au regard droit. Les explications rendent la cité étonnamment concrète : on parle rations de légionnaires, aqueducs, gladiateurs et impôts, et les champs alentour reprennent soudain leurs contours de rues et de forums. Le contraste avec les cheminées de la centrale voisine ajoute au lieu une étrangeté qui ne s'oublie pas. Un centre d'accueil moderne, avec café et boutique, permet de souffler entre deux secteurs de fouille.

Un mammouth au milieu des Romains

En 2009, la mine de charbon voisine de Drmno a livré une surprise plus ancienne encore : le squelette remarquablement complet d'une femelle mammouth, dégagé des sédiments à des dizaines de mètres sous la surface. Baptisée Vika, la bête trône désormais dans un pavillon du parc archéologique, entourée des restes partiels d'autres géants retrouvés depuis dans le même bassin. Passer en quelques pas des fresques romaines à un colosse du Pléistocène donne à l'escale une profondeur de temps vertigineuse, qui enchante autant les enfants que les passionnés d'histoire, et qui fournit au retour le meilleur sujet de conversation du salon du bateau.

Le bourg et le fleuve

Kostolac même reste un bourg minier sans prétention touristique, et c'est aussi ce qui fait le sel de l'arrêt : les autocars traversent une Serbie rurale et ouvrière que les grandes capitales danubiennes ne montrent jamais, potagers, tracteurs et vergers de pruniers compris. Selon les programmes, la journée se complète d'une dégustation de vins régionaux ou de spécialités locales, kajmak crémeux et charcuteries en tête, servies avec une hospitalité sans façons. L'essentiel se joue toutefois dans les pas du guide, entre deux tranchées de fouille, là où la Serbie raconte Rome.

Quand le bateau reprend sa route vers les gorges ou vers Belgrade, les cheminées s'effacent derrière les peupliers de la rive. Restent en tête un visage peint dans un mausolée, une défense de mammouth surgie du charbon, et cette idée que le Danube, ici, n'est pas seulement un fleuve : c'est la plus vieille frontière d'Europe, et elle n'a pas fini de rendre ses secrets.