Elle traverse le sentier sans se presser, indifférente aux visiteurs qui s'écartent : une tortue géante d'Aldabra, carapace luisante et cou tendu vers une feuille basse. Sur Curieuse, la scène se répète à chaque détour. Cette île granitique aux collines couvertes d'une terre rouge caractéristique, séparée de Praslin par un bras de mer, forme avec ses eaux un parc national marin où les navires d'expédition et les excursions font escale pour une immersion dans les Seychelles d'avant les hôtels.
Baie Laraie, le royaume des tortues
Le débarquement se fait généralement à Baie Laraie, près de la station des gardes du parc. Autour des bâtiments, des dizaines de tortues géantes évoluent en liberté : l'île en abrite environ 300, issues d'individus amenés d'Aldabra dans les années 1980 dans le cadre d'un programme d'élevage et de conservation. Les gardes présentent l'enclos des jeunes tortues, minuscules répliques de leurs aînées centenaires, et expliquent comment chaque animal est suivi. Approcher ces géants placides, entendre leur souffle lent, reste l'un des moments forts d'une croisière dans l'archipel.
Le sentier de la mangrove
De Baie Laraie, un sentier aménagé sur des passerelles de bois traverse l'intérieur de l'île jusqu'à Anse St José, sur la côte opposée. Comptez environ 40 minutes de marche facile à travers un paysage étonnamment varié : blocs de granit sculptés par l'érosion, mangroves où les racines aériennes émergent de la vase à marée basse, collines où pousse le coco de mer. Curieuse est en effet, avec Praslin, le seul endroit au monde où ce palmier légendaire à la noix double se développe naturellement. Des crabes violonistes agitent leur pince démesurée au passage des marcheurs, et les plus attentifs repèrent, dans les vasques laissées par la marée, poissons juvéniles et coquillages qui profitent de l'abri des racines.
La maison du docteur et la mémoire des lépreux
À Anse St José, une élégante villa créole restaurée rappelle un chapitre méconnu : Curieuse servit de léproserie pendant plus d'un siècle, et la maison abritait le médecin résident dans les années 1870. Transformée en centre d'interprétation, elle raconte la vie quotidienne des malades, dont les ruines des habitations se devinent encore dans la végétation. On mesure, sous la varangue face à la plage, le contraste entre la beauté du lieu et l'isolement de ceux qui y vécurent.
Le coco de mer, graine des légendes
Impossible de quitter l'île sans s'arrêter devant un coco de mer. Sa noix double, la plus grosse graine du monde végétal, alimenta pendant des siècles les légendes des marins qui la trouvaient flottant au large sans en connaître l'origine. Les gardes du parc montrent les palmiers mâles et femelles, expliquent la lenteur extrême de la croissance — plusieurs décennies avant les premiers fruits — et rappellent que chaque noix est numérotée et protégée. Voir ces palmiers dans leur vallée d'origine, et non en pot dans un jardin botanique, donne à la visite une valeur particulière.
L'escale en pratique
| Élément | Détail |
| Statut | Parc national, île inhabitée hormis les gardes |
| Débarquement | En annexe, sur la plage principale |
| Sentier principal | Baie Laraie – Anse St José, environ 40 minutes |
| À voir | Tortues géantes, coco de mer, mangrove, maison du docteur |
| À prévoir | Chaussures fermées, eau, chapeau; droit d'entrée souvent inclus dans l'excursion |
Dernier regard depuis l'annexe
Quand l'embarcation s'éloigne, les collines rousses de Curieuse se détachent sur le bleu du chenal, et l'on distingue encore, si l'on plisse les yeux, une silhouette bombée progressant lentement vers l'ombre. Cette île raconte à la fois la résilience de la nature et les vies oubliées d'une léproserie insulaire. Peu d'escales offrent autant de matière à réflexion en une demi-journée de marche tranquille.