Sur la carte des Seychelles, il faut chercher Farquhar tout en bas, à plus de 700 kilomètres au sud-ouest de Mahé, presque à mi-chemin de Madagascar. Aucune ville, aucun monument, aucune route : seulement un anneau d'îlots coralliens autour d'une lagune aux dégradés de bleu presque irréels. C'est une escale d'expédition au sens strict, réservée aux petits navires, et l'une des plus dépaysantes de l'océan Indien.
Un débarquement en zodiac
Le navire mouille au large du récif et tout se fait en embarcation pneumatique. Selon la houle et la marée, l'équipe d'expédition choisit une plage de débarquement ou privilégie une exploration de la lagune au fil de l'eau. Il faut accepter cette part d'imprévu : ici, la météo décide du programme, et c'est précisément ce qui fait le prix de la visite. Prévoyez des chaussures qui vont dans l'eau et une protection solaire sérieuse.
Des dunes inattendues
Première surprise en approchant : des dunes de sable blanc, sculptées par les alizés, s'élèvent à une dizaine de mètres au-dessus des cocotiers couchés par le vent. Le contraste étonne sous ces latitudes, où l'on s'attend à des îlots plats. De leur crête, la vue embrasse la lagune entière, avec ses hauts-fonds turquoise, ses chenaux sombres et l'écume blanche de la barrière au loin. Les photographes y passent facilement l'heure entière.
Une faune sans crainte
Farquhar appartient aux îles Extérieures des Seychelles, trop isolées pour avoir été durablement habitées, hormis une petite station de pêche. La faune y règne sans partage. Les tortues vertes et imbriquées viennent pondre sur les plages; les sternes fuligineuses et les sternes diamant nichent en colonies bruyantes sur certains îlots; et le crabe de cocotier, le plus gros crustacé terrestre du monde, se rencontre à l'ombre des cocoteraies. Les guides naturalistes du bord aident à repérer les nids et rappellent les distances à respecter.
Sous la surface
Quand les conditions le permettent, une sortie en apnée complète la journée. Les platiers coralliens de la lagune abritent poissons-perroquets, raies pastenagues et bénitiers aux manteaux fluorescents; les passes attirent carangues et requins de récif inoffensifs. Les eaux environnantes figurent parmi les plus poissonneuses des Seychelles, ce qui en a fait une référence mondiale pour la pêche à la mouche, pratiquée ici sous stricte réglementation.
L'atoll a d'ailleurs prouvé sa résilience récemment. En avril 2016, le cyclone Fantala, l'un des plus puissants jamais mesurés dans l'océan Indien, est passé directement ici et a rasé la végétation comme les bâtiments de la station. Dix ans plus tard, les cocoteraies ont repoussé, les oiseaux marins sont revenus nicher et les tortues n'ont jamais cessé de pondre. Les guides d'expédition utilisent volontiers cet épisode pour montrer la capacité de récupération d'un écosystème corallien laissé tranquille. Le petit personnel de l'Islands Development Company, qui gère l'endroit depuis Mahé, demeure la seule présence humaine permanente.
À prévoir
- Débarquement humide : sortir du zodiac avec de l'eau aux mollets.
- Aucun commerce ni service : tout revient du navire avec vous, déchets compris.
- Chapeau, lunettes et vêtements longs légers : le soleil frappe fort, sans ombre en dehors des cocoteraies.
- Écouter le briefing du bord : les consignes changent selon la nidification en cours.
Une escale à Farquhar ne laisse ni billet d'entrée ni souvenir acheté, faute de boutique. Elle laisse autre chose : le souvenir d'un monde qui fonctionne parfaitement sans nous, des traces de tortues dans le sable du matin, et la sensation d'avoir vu l'océan Indien tel qu'il était avant les hommes. Peu de destinations peuvent en dire autant, et ceux qui ont eu la chance d'y débarquer le savent : on ne raconte pas Farquhar, on en parle à voix basse, comme d'un secret bien gardé entre navires d'expédition.