À marée basse, la mer se retire et découvre d'immenses bancs de sable blond où glissent les ombres des raies. L'atoll St Joseph, posé sur le banc des Amirantes aux Seychelles, ne ressemble à aucune autre étape de l'océan Indien. Aucun village, aucun quai, aucune boutique, pas même un ponton où poser le pied. Seulement un anneau d'îlots coralliens autour d'un lagon peu profond, devenu l'une des nurseries marines les plus précieuses de la région.
Un sanctuaire des Amirantes
Les navires d'expédition mouillent au large et les zodiacs prennent le relais pour approcher le site, géré conjointement avec l'île voisine de D'Arros par une fondation vouée à la protection des océans. Les scientifiques qui y travaillent ont recensé plus de 500 espèces de poissons dans ces eaux, et le chenal qui sépare D'Arros de l'atoll s'est taillé une réputation de point de rassemblement pour les raies mantas. Les consignes des naturalistes, transmises lors des rencontres d'information à bord, encadrent chaque sortie, car la vocation première du lieu demeure la recherche et la conservation.
La pouponnière du lagon
Le lagon intérieur joue un rôle que les biologistes comparent à celui d'une pouponnière. Des centaines de jeunes requins citron et requins à pointes noires y grandissent à l'abri des prédateurs du large, aux côtés de milliers de pastenagues qui labourent les fonds sableux. Depuis le zodiac, dans moins d'un mètre d'eau translucide, les ailerons et les ombres passent de part et d'autre de l'embarcation, un spectacle qui vaut tous les aquariums du monde. Les tortues marines fréquentent aussi ces eaux et viennent pondre sur les plages coralliennes.
Les oiseaux du chenal
Les sorties se font souvent à l'aube ou au crépuscule, quand les colonies d'oiseaux marins animent le chenal principal. Les oiseaux de mer tournoient alors au-dessus des embarcations dans un vacarme d'ailes et de cris, tandis que la lumière rasante embrase les hauts-fonds. Le silence du moteur coupé laisse alors toute la place aux bruits du récif, clapot, frôlements d'ailerons et criaillements lointains. Sur les îlots, la végétation basse abrite quelques tortues terrestres géantes que l'on aperçoit parfois entre les buissons. Chaque passage révèle une scène différente, selon la marée, l'heure et la saison.
| Repère | À savoir |
| Situation | Banc des Amirantes, Seychelles extérieures |
| Approche | Mouillage au large, exploration en zodiac |
| Faune marine | Jeunes requins, milliers de raies, tortues, plus de 500 espèces de poissons |
| Statut | Site voué à la recherche et à la conservation |
D'Arros, l'île jumelle
Le sort de St Joseph se lit aussi depuis l'île voisine de D'Arros, qui héberge le centre de recherche de la fondation gestionnaire. Ses équipes suivent à l'année les requins, les raies et les tortues du secteur, balisent les pontes et mesurent la santé des récifs. Les expéditions de passage bénéficient parfois d'une présentation par ces scientifiques de terrain, et leurs récits donnent une profondeur nouvelle à ce que les passagers viennent d'observer depuis les embarcations. Peu d'escales de l'océan Indien offrent un tel accès direct à la science en train de se faire, et les questions fusent longtemps après la présentation, sur le pont comme à la salle à manger.
Ce que protège la distance
Au moment où le navire relève l'ancre, l'atoll redevient ce qu'il n'a jamais cessé d'être, un monde clos qui vit au rythme des marées. Les passagers emportent des images que peu de voyageurs peuvent revendiquer, une raie filant sur le sable clair, un vol de sternes dans le soleil couchant, la dorsale d'un jeune requin dans un miroir d'eau tiède. St Joseph rappelle que certains lieux se méritent par la distance, et que leur beauté tient précisément à ce qu'ils demeurent presque inaccessibles.