En 1488, une caravelle portugaise commandée par Bartolomeu Dias jeta l'ancre dans cette baie pour y faire de l'eau douce : première escale européenne documentée sur la côte sud-africaine. Le navigateur baptisa le mouillage aiguade de São Brás, saint Blaise, dont le cap et le phare voisins portent toujours le nom. Plus de cinq siècles plus tard, les navires de croisière mouillent presque au même endroit, et les passagers rejoignent en transbordeur la jetée du petit port. Mossel Bay n'a rien d'une métropole : c'est une ville côtière de la Garden Route, ramassée entre l'océan Indien et les collines, où tout ce qui compte se trouve à distance de marche du débarcadère.
Le nom vient des moules que les équipages hollandais ramassaient sur les rochers. La mer, ici, a toujours nourri l'histoire.
Le complexe muséal Bartolomeu Dias
À quelques minutes à pied de la jetée, un ensemble de bâtiments historiques raconte la rencontre entre navigateurs européens et côte africaine. La pièce maîtresse surprend par sa taille réduite : une réplique navigante de la caravelle de Dias, construite au Portugal et arrivée ici à la voile en 1988 pour le 500e anniversaire du voyage. On monte à bord, on mesure l'exiguïté du pont, et l'on ressort avec un respect neuf pour les équipages du XVe siècle. Les salles voisines couvrent l'histoire maritime, les coquillages et la flore locale, et le jardin botanique du complexe rassemble les plantes indigènes de la région.
L'arbre aux lettres
Dans les jardins du musée pousse un vieux milkwood tordu, le Post Office Tree. Au début du XVIe siècle, des marins laissèrent sous cet arbre des lettres qu'un équipage de passage devait remettre à bon port : la première « poste » d'Afrique du Sud. La tradition se perpétue, une boîte en forme de botte reçoit toujours le courrier des visiteurs, oblitéré d'un cachet spécial. Écrire une carte à l'ombre d'un arbre postal cinq fois centenaire reste l'un des gestes les plus mémorables de l'escale.
Santos Beach et la pointe
En contrebas de la ville, Santos Beach déroule un arc de sable abrité où la baignade est douce, chose rare sur cette côte battue par la houle. À l'autre extrémité, le quartier de The Point aligne cafés et piscines naturelles creusées dans les rochers où les habitants se baignent à marée haute, au pied du phare de Cape St Blaize. Une grotte marine s'ouvre sous la falaise, occupée par les humains depuis des dizaines de milliers d'années, et le sentier côtier qui part de là suit les hauteurs sur plusieurs kilomètres, avec l'océan en contrebas.
La faune marine, selon la saison
Des excursions en bateau d'environ une heure rejoignent l'île aux otaries à fourrure du Cap, colonie bruyante et odorante installée dans la baie. De juin à novembre, les baleines franches australes viennent mettre bas dans ces eaux, et il arrive qu'on les aperçoive depuis le rivage même. Les plus téméraires trouveront des sorties d'observation du grand requin blanc en cage, spécialité assumée de la région. Les huîtres locales, élevées dans ces eaux froides et servies sur le front de mer, complètent le tableau pour les gourmands.
La baie reprend sa couleur d'ardoise quand vient l'heure de rembarquer, et le phare s'allume sur la pointe. Dias n'était resté que quelques jours; les croisiéristes, quelques heures. Entre les deux, cinq siècles de marins ont trouvé ici la même chose : une baie clémente et de quoi reprendre des forces. Mais l'escale laisse la même impression qu'à lui, peut-être : celle d'une côte accueillante posée au bout d'un très long voyage.