Des cerfs axis déambulent librement entre les murailles de Fort Frederick, broutant l'herbe des glacis sous l'œil indifférent des passants. C'est la première surprise de Trincomalee, sur la côte nord-est du Sri Lanka; la seconde se lit sur la carte : la ville enserre l'une des plus vastes rades naturelles du monde, un abri si parfait que les marines européennes se le disputèrent pendant trois siècles. Les navires de croisière y trouvent un mouillage protégé; selon les compagnies, on rejoint la terre ferme à quai ou en chaloupe, pour débarquer à quelques minutes d'un centre compact qui s'explore aisément à pied ou en tuk-tuk.
Fort Frederick et le rocher sacré
La presqu'île fortifiée concentre l'essentiel. Passé le portail de pierre gravé aux armes britanniques, l'allée grimpe en pente douce parmi les banians, les singes et les fameux cerfs, jusqu'au promontoire de Swami Rock. Là, au bord d'une falaise plongeant dans l'océan, le temple de Koneswaram dresse ses tours peintes dédiées à Shiva. Le site, vénéré depuis l'Antiquité, fut détruit par les Portugais puis rebâti; les fidèles y déposent noix de coco et guirlandes dans un parfum de camphre, tandis que les visiteurs longent le parapet pour guetter, en contrebas, le bleu profond où passent parfois des tortues. Une colonne isolée rappelle la légende d'une amoureuse éplorée qui aurait sauté de la falaise, et donne son nom au belvédère du Lover's Leap. En fin d'après-midi, familles tamoules et paons apprivoisés se partagent l'esplanade dans une atmosphère de fête tranquille.
La ville entre deux baies
En redescendant, la promenade de Dutch Bay déroule son croissant de sable bordé de flamboyants, où les familles viennent pique-niquer face aux vagues. Le centre aligne échoppes de batik, ateliers de dentelle et étals d'épices; le marché aux poissons, sonore et ruisselant, montre la pêche du matin, thons et poissons-perroquets alignés sur la glace. Les églises, mosquées et kovils hindous se succèdent en quelques rues, résumé fidèle du mélange tamoul, cinghalais et musulman qui donne à la cité son caractère. À environ 8 km dans les terres, les sept puits chauds de Kanniya invitent à la manière locale : on y puise l'eau tiède au seau pour se la verser sur la tête, rituel joyeux plus que thermal.
Plages et jardins de corail
Les amateurs de sable fin mettront le cap au nord. Uppuveli, à environ 5 km, offre une longue grève tranquille bordée de petits restaurants les pieds dans le sable; Nilaveli, à une quinzaine de kilomètres, étire une plage encore plus vaste face à l'île aux Pigeons, parc marin dont les récifs se prêtent à l'apnée parmi les poissons multicolores et les pointes noires inoffensives. Les bateaux locaux assurent la courte traversée, et masques comme tubas se louent sur place. Selon la saison, des sorties en mer permettent d'apercevoir des baleines au large, la fosse marine s'ouvrant à quelques milles à peine de la côte.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du débarcadère | Accès |
| Fort Frederick et Koneswaram | 2 km | À pied ou tuk-tuk |
| Puits chauds de Kanniya | 8 km | Tuk-tuk ou taxi |
| Plage d'Uppuveli | 5 km | Tuk-tuk |
| Nilaveli et l'île aux Pigeons | 15 km | Taxi puis bateau local |
Retour sur la rade
Au retour, beaucoup s'attardent sur le pont pour contempler ce plan d'eau immense qui fit rêver amiraux et compagnies des Indes. Horatio Nelson lui-même, dit-on, la tenait pour l'une des plus belles rades qu'il eût vues. Trincomalee n'a rien d'une escale tapageuse : elle offre un fort habité par les cerfs, un temple suspendu au-dessus des flots et des plages où le temps ralentit. C'est précisément cette retenue qui donne envie de prolonger, un jour, le voyage sur cette côte encore discrète.