Ornskoldsvik Sweden
Sweden

Le sol se souvient d'avoir porté des kilomètres de glace. Depuis la fin de la dernière glaciation, libérée de ce poids, la terre remonte ici de près d'un centimètre par année, l'un des soulèvements les plus marqués au monde. C'est ce phénomène qui a valu à la Haute Côte suédoise son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO : des collines abruptes plongeant dans le golfe de Botnie, des îles qui grandissent à vue de géologue, des anciens rivages perchés à flanc de montagne. Örnsköldsvik, à l'extrémité nord de ce territoire, en est la porte d'entrée.

Une jeune ville dans un vieux paysage

La ville elle-même est récente à l'échelle européenne : fondée en 1842, élevée au rang de cité en 1894, elle a grandi avec le bois, la pâte à papier et l'industrie. Les navires accostent au cœur même de l'agglomération, fait rare qui permet de rejoindre à pied la place centrale, les rues commerçantes et le front de mer réaménagé. Le contraste donne son caractère à l'escale : une ville nordique moderne et travailleuse, cernée par un paysage classé parmi les plus singuliers de la Baltique.

Flâner au centre : musées, cafés et hockey

Le centre se découvre en une demi-journée tranquille. Le musée municipal retrace l'histoire de la région, du travail du bois aux traditions côtières, tandis que la marque de plein air Fjällräven, née ici, tient dans son aréna et ses boutiques une place de fierté locale. Örnsköldsvik est aussi une ville de hockey qui a formé plusieurs vedettes de la LNH, dont Peter Forsberg et les jumeaux Sedin; les amateurs québécois trouveront facilement un sujet de conversation avec les résidants. Entre deux visites, les cafés de la place centrale servent la pause obligatoire du fika, brioche à la cannelle et café filtre, institution suédoise à laquelle il serait dommage d'échapper.

La Haute Côte, un monde vertical

Les excursions filent vers le sud pour rejoindre les sites majeurs du territoire UNESCO. Le parc national de Skuleskogen aligne forêts anciennes, sentiers aménagés et son étonnante crevasse de Slåttdalsskrevan, un couloir rectiligne d'une quarantaine de mètres de profondeur fendu dans la montagne. Tout près, le mont Skuleberget domine la mer de ses 286 m; un télésiège et des sentiers mènent au sommet, d'où le regard embrasse les îles et les baies de la Haute Côte. Le sentier de grande randonnée qui parcourt la région sur 135 km se termine d'ailleurs à Örnsköldsvik, et il n'est pas rare d'en croiser les marcheurs, sac au dos, dans les rues du centre.

Saveurs de la Baltique nord

La région assume ses goûts tranchés. C'est sur cette côte qu'est né le surströmming, le hareng fermenté à l'odeur légendaire, vendu en conserves bombées et dégusté avec pain plat, pommes de terre et oignon; les curieux pourront tenter l'expérience, les autres se contenteront de l'anecdote. Plus consensuels, les poissons fumés, les baies nordiques et les fromages de petites laiteries se trouvent au marché et dans les boutiques spécialisées du centre. Chaque étal raconte un peu la vie d'ici, entre mer froide et forêts.

Le point de vue de la fin de journée

Avant de remonter à bord, il reste à grimper, à pied ou en taxi, vers le belvédère de la colline Varvsberget, juste au-dessus du port. Les toits s'étalent en contrebas, la baie s'ouvre vers l'archipel, et l'on mesure d'un coup d'œil ce que la géologie accomplit ici patiemment. Örnsköldsvik ne cherche pas à éblouir; elle offre quelque chose de plus durable, la sensation d'un paysage en mouvement lent. En reprenant la mer, on se surprend à penser que la prochaine fois, il faudra des bottes de marche et quelques jours de plus.