Funafuti Tuvalu Fongafale, Tuvalu Islands
Tuvalu

Ici, la piste d'atterrissage sert de place publique. Quand aucun avion n'est annoncé, et il n'en vient que quelques-uns par semaine, les habitants de Funafuti s'approprient le tarmac : matchs de rugby et de volleyball en fin d'après-midi, promenades du soir, enfants à vélo. Bienvenue aux Tuvalu, l'un des pays les moins visités de la planète, un chapelet de neuf atolls posé au milieu du Pacifique, à mi-chemin entre Hawaï et l'Australie, dont Funafuti est la capitale.

Un anneau de corail autour d'un lagon géant

L'atoll dessine un anneau d'îlots autour du Te Namo, un lagon d'environ deux cent soixante-quinze kilomètres carrés dont les eaux calmes servent de mouillage aux navires : on débarque en annexe au petit quai de Fongafale, l'îlot principal. Celui-ci étonne par ses proportions : douze kilomètres de long, jamais plus de quatre cents mètres de large. D'un côté la houle de l'océan, de l'autre la nappe turquoise des eaux intérieures, et entre les deux une seule route bordée de maisons sur pilotis, d'églises et de cocotiers que l'on parcourt au pas, en saluant tout le monde.

Le village-capitale

Environ six mille personnes vivent sur l'atoll, plus de la moitié de la population du pays. Le tour du village se fait à pied ou en scooter, au rythme des salutations. On y croise le maneapa, la grande salle communautaire au toit largement débordant où se tiennent réunions, fêtes et danses traditionnelles au son des tambours, quelques commerces simples, le bureau philatélique dont les timbres font depuis des décennies la joie des collectionneurs, et des femmes tressant éventails et nattes de pandanus, l'artisanat le plus vivant du pays. L'accueil est d'une gentillesse désarmante; un sourire ouvre toutes les conversations.

Traces de la guerre du Pacifique

Dès la fin de 1942, les forces américaines firent de l'atoll une base avancée face aux positions japonaises des îles Gilbert. La piste actuelle en est l'héritage direct, et les environs conservent bunkers, citernes et carcasses d'avions que la végétation avale lentement. Les anciens racontent encore les emplacements aux visiteurs curieux; c'est une mémoire transmise de vive voix plus que par des musées, et elle donne à la promenade une profondeur que rien ne laissait deviner.

Le lagon et sa réserve

De l'autre côté du Te Namo, la zone de conservation de Funafuti protège récifs, îlots inhabités et herbiers sur la bordure occidentale de l'atoll. Quand la météo et les embarcations locales le permettent, on s'y rend pour nager au milieu des poissons de récif, apercevoir une tortue verte ou marcher sur des motu déserts où nichent les oiseaux de mer. Rien n'y est organisé à grande échelle : les sorties s'arrangent sur place, à la manière du Pacifique, avec souplesse et bonne humeur.

Une escale qui se vit simplement

Autant le dire franchement : Funafuti n'offre ni monument, ni boutique de luxe, ni excursion clé en main. L'eau du robinet vient du ciel, l'électricité du diesel et du soleil, et le pays tout entier culmine à quelques mètres au-dessus des vagues, réalité qui place les Tuvalu en première ligne face à la montée des océans et au cœur des négociations climatiques internationales. C'est précisément ce dénuement qui marque les voyageurs : une journée ici remet les échelles en place.

Reprendre la mer

Au moment où l'annexe s'éloigne du quai, le regard embrasse une dernière fois cette bande de terre improbable coincée entre deux bleus. On repart avec peu de photos spectaculaires et beaucoup de visages en tête, ce qui est peut-être la définition d'un vrai voyage. Les passagers qui ont serré des mains sur le tarmac le savent déjà : peu de gens peuvent dire qu'ils ont marché sur les Tuvalu.