Loin des gratte-ciel de Dubaï, l'émirat le plus septentrional des Émirats arabes unis cultive un autre visage du Golfe : des montagnes ocre qui tombent dans une mer laiteuse, des palmeraies, des forts de terre crue et des villages de pêcheurs de perles endormis. Le terminal de croisière de Ras Al Khaimah jouxte la vieille ville : les navires accostent à quelques minutes du centre historique, et les formalités se règlent rapidement dans un bâtiment moderne équipé de portes électroniques.
La vieille ville et son musée
Premier arrêt naturel : le Musée national, installé dans un ancien fort résidentiel de la famille régnante. Ses salles rassemblent poteries archéologiques, bijoux bédouins, maquettes de boutres et outils des plongeurs qui remontaient les huîtres perlières, richesse de la côte bien avant le pétrole. Autour, les ruelles de la vieille ville mènent au souk et à la corniche, où les boutres de bois traditionnels se balancent doucement le long de la crique. L'ambiance reste résolument locale : ici, les commerçants ne hèlent pas le passant, et les pêcheurs réparent leurs filets sans se soucier des appareils photo.
Dhayah, le fort perché
Au nord de la ville, le fort de Dhayah couronne une butte au milieu des palmeraies, face aux montagnes du Hajar. La montée par l'escalier en zigzag demande un petit effort, récompensé par une vue circulaire sur les plantations de dattiers, la baie et les crêtes désertiques qui ferment l'horizon. C'est sur cette hauteur que se joua, en 1819, la résistance locale face aux expéditions britanniques : les guides racontent volontiers l'épisode aux visiteurs essoufflés.
Al Jazeera Al Hamra, le village fantôme des perliers
Entre le port et les stations balnéaires du sud subsiste un lieu unique dans le Golfe : Al Jazeera Al Hamra, village de pêcheurs de perles abandonné au milieu du XXe siècle et resté figé depuis. On déambule librement entre les maisons de pierre corallienne, la mosquée au minaret trapu et les cours envahies de sable, dans un silence que seuls troublent le vent et quelques chèvres errantes. Les photographes y trouvent des cadrages saisissants, surtout en fin de journée quand la lumière rase les murs croulants et allonge les ombres dans les venelles désertes.
Jebel Jais, le toit des Émirats
Pour les escales actives, la route s'élève en lacets spectaculaires jusqu'aux belvédères du Jebel Jais, point culminant du pays à près de 1 900 mètres. L'air y est nettement plus frais qu'en bord de mer, parfois de dix degrés ou davantage. Les plus téméraires s'élancent sur la tyrolienne géante qui file au-dessus des ravins, l'une des plus longues du monde; les autres se contentent des terrasses panoramiques et d'un café face aux strates plissées de la montagne. Compter une demi-journée pour l'aller-retour en excursion. Les amateurs de sable préféreront peut-être les sorties vers les dunes de l'intérieur, où des campements bédouins accueillent les visiteurs pour un thé à la cardamome, une promenade à dos de dromadaire ou une démonstration de fauconnerie.
Suggestions selon le temps disponible
| Durée | Programme |
| 2 à 3 heures | Musée national, souk et corniche à pied |
| Demi-journée | Fort de Dhayah et village d'Al Jazeera Al Hamra |
| Journée | Jebel Jais et détente sur une plage |
Avant l'appareillage
À l'heure où l'appel à la prière plane sur la crique, les montagnes virent au mauve. Ras Al Khaimah offre ce que bien des voyageurs cherchent en vain ailleurs dans le Golfe : un émirat resté proche de son passé maritime, où l'on peut toucher la pierre des forts et le silence du désert dans la même journée. Une escale qui donne envie de suivre la côte plus loin, vers les fjords de la péninsule voisine.