Kherson Ukraine
Ukraine

Vingt-cinq kilomètres avant de se perdre dans son delta, le Dnipro s'élargit une dernière fois devant une rive haute plantée de peupliers. C'est là que se tient la dernière grande étape urbaine du parcours avant la mer Noire. Pour les voyageurs des croisières fluviales ukrainiennes, Kherson a longtemps marqué la fin de la descente : au-delà commencent les bras morts, les roselières et les îles basses où nichent hérons et pélicans. Ce guide présente le patrimoine de la ville; la desserte touristique, elle, dépend des circonstances et reprendra son cours avec le temps.

La ville de Potemkine

Kherson naît en 1778 par décret impérial, sous la conduite du prince Grigori Potemkine, avec une mission précise : donner un premier chantier naval à la flotte de la mer Noire. Dès 1783, le vaisseau de 66 canons Gloire de Catherine glisse dans le fleuve. La forteresse, l'arsenal et les entrepôts attirent marchands et charpentiers de marine, et la cité nouvelle prend le nom de l'antique Chersonèse. Quand l'impératrice Catherine II descend le Dnipro en 1787 pour inspecter ses provinces du sud, la jeune cité se fait belle pour la recevoir : pavillons, arcs de verdure, revues navales. De ce théâtre impérial, l'expression « villages Potemkine » gardera la trace, même si les historiens jugent la légende exagérée.

Sainte-Catherine et son hôte illustre

De cette époque fondatrice subsiste la cathédrale Sainte-Catherine, élevée entre 1782 et 1787 dans un style classique sobre teinté d'influences balkaniques. Sous ses dalles repose Potemkine lui-même, inhumé dans la crypte en 1791 : le bâtisseur n'aura survécu que quatre ans à la visite de sa souveraine. Autour de l'édifice, les vestiges des remparts de terre de la forteresse dessinent encore un parc où les promeneurs cherchent l'ombre en été.

Le long des quais

La descente vers les berges mène aux quais où accostaient les paquebots. Le front d'eau garde le souvenir du XIXe siècle commerçant : entrepôts de grain, maisons d'armateurs, façades éclectiques aux balcons ouvragés, souvenirs du temps où les gabares chargées de blé descendaient vers les escales de la mer Noire. À l'ouest s'étendent les bassins du chantier naval, héritier direct de l'Amirauté du XVIIIe siècle, qui a lancé des navires pendant plus de deux siècles. L'artère centrale, ombragée et rectiligne, relie le fleuve aux places publiques où se tiennent marchés et terrasses selon la saison.

Le delta, jardin sauvage

La vraie singularité de l'endroit se trouve en aval. Le delta du Dnipro éclate en dizaines de bras et de lagunes, un labyrinthe d'eau douce où l'on circule en barque entre les nénuphars et les saules. Les excursions d'avant-guerre menaient les passagers vers les plavni, ces plaines inondables où se croisent pêcheurs, hérons cendrés, aigrettes et sangliers. Les melons et les tomates de la région, mûris dans les terres alluviales, faisaient la réputation des étals du marché central.

Une mémoire fluviale

Kherson appartient à cette famille de villes que l'eau explique tout entières : née d'un chantier naval, nourrie par le commerce du grain, tournée vers un delta qui la protège et la prolonge. Les monuments s'y comptent moins qu'ailleurs, mais l'ensemble — la cathédrale du fondateur, les quais, l'odeur de vase et de foin coupé qui monte des rives — compose un portrait fidèle du sud ukrainien.

En attendant le retour des navires

Un jour, les paquebots blancs redescendront le Dnipro jusqu'à ses dernières boucles. Ceux qui feront alors escale à Kherson chercheront peut-être ce que cherchaient déjà les voyageurs du XIXe siècle : la lumière particulière des estuaires, l'histoire d'une flotte née dans un fleuve, et ce moment suspendu où l'eau douce rencontre le sel. La ville, patiente, garde tout cela intact dans sa mémoire.