Kiev Kyiv, Ukraine
Ukraine

Vue du fleuve, la ville monte en terrasses : d'abord les grues du port fluvial, puis les toits du vieux quartier marchand, enfin, tout là-haut, des grappes de coupoles dorées qui accrochent la lumière au-dessus des collines boisées. Kyiv — Kiev pour des générations de lecteurs francophones — s'est bâtie sur la rive droite du Dnipro il y a plus de mille ans, et c'est encore par l'eau qu'on en saisit le mieux la géographie. Ce guide s'attache au patrimoine de la capitale ukrainienne; les modalités de desserte, elles, évolueront avec le retour de la navigation de plaisance.

Poshtova, la porte fluviale

Les bateaux de croisière du Dnipro accostent traditionnellement à la gare fluviale de la place Poshtova, au pied de la ville basse. L'emplacement est idéal : la station de métro est à la porte, et le funiculaire centenaire grimpe en trois minutes vers la ville haute à travers un rideau d'arbres. Peu de capitales offrent une arrivée aussi directe au cœur des choses.

Podil, le quartier des marchands

Autour du débarcadère s'étend Podil, le plus ancien quartier commerçant. La place des Contrats, ses façades néoclassiques et sa grande roue, les ruelles d'artisans, la fontaine de Samson : tout ici parle de la cité marchande d'autrefois, celle des foires et des corporations. En remontant la descente Andriivsky, pavée et pentue, on longe ateliers d'artistes et étals de peintres jusqu'à l'église Saint-André, baroque turquoise et or posée en équilibre au bord de l'escarpement. Au printemps, les marronniers en fleurs — emblème de la capitale — parfument les cours intérieures du quartier.

Sainte-Sophie, mémoire du millénaire

La ville haute, que l'on rejoint par le funiculaire ou par la Porte dorée, vestige des remparts du XIe siècle, conserve le monument fondateur : la cathédrale Sainte-Sophie, entreprise au XIe siècle et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Sous ses coupoles, les mosaïques byzantines d'origine — dont la célèbre Vierge orante — regardent les visiteurs depuis neuf siècles. Du haut de son clocher, le panorama embrasse les places, les dômes de Saint-Michel-au-Toit-d'Or reconstruit, et la trame des boulevards qui descendent vers le fleuve.

La laure des grottes

En amont, sur les collines qui dominent le Dnipro, la laure de Petchersk aligne ses églises blanches et or au-dessus d'un réseau de grottes creusées par les moines dès le XIe siècle. On y descend à la chandelle, entre les niches où reposent les corps des saints fondateurs. Plus loin sur la crête, la statue de la Mère-Patrie, géante d'acier de plus de 100 mètres socle compris, veille sur le fleuve. Entre les deux, les parcs en balcon offrent les plus belles vues de la rive gauche.

La table et le marché

Une escale à Kyiv passe aussi par la table : bortsch au levain de betterave servi avec ses beignets à l'ail, varenyky au fromage frais, pain noir et miel des campagnes, gâteau Kyïvsky aux noisettes pour finir. Les marchés couverts, dont le vénérable marché Bessarabsky à la charpente métallique, débordent de fruits, d'herbes et de fromages fermiers. On y mesure la générosité d'un pays que l'on surnomme depuis toujours le grenier de l'Europe.

Le fleuve reviendra

Les paquebots fluviaux reprendront un jour leur lente descente vers le sud, de Kyiv aux bouches du Dnipro. Ceux qui monteront alors à bord retrouveront ce que des générations de voyageurs ont connu avant eux : une capitale d'or et de verdure, debout sur ses collines, qui a traversé les siècles en gardant ses coupoles tournées vers la lumière. Peu de villes méritent autant qu'on les attende — et peu savent, comme elle, faire d'un simple lever de soleil sur l'eau un événement.