Un point sur la carte, à mi-chemin entre le Brésil et l'Afrique. L'île de l'Ascension surgit de l'Atlantique Sud comme un chantier volcanique inachevé : cônes de cendre rouge et noire, coulées de lave figées, et, tout en haut, un sommet enveloppé de verdure qui semble appartenir à un autre monde. Rares sont les navires qui s'y arrêtent, et c'est précisément ce qui rend l'escale marquante. Ici, chaque débarquement demeure un événement.
Georgetown, capitale de poche
L'arrivée se fait en annexe, dans le petit mouillage de Georgetown, seule agglomération digne de ce nom. Quelques bâtiments coloniaux, une église, un ancien casernement et un magasin général composent l'essentiel de cette capitale d'à peine quelques centaines d'habitants, où tout le monde se salue. L'église St Mary's y sert une communauté minuscule, et le petit musée installé dans l'ancien fort retrace deux siècles de garnisons et d'escales : l'île fut militarisée en 1815 pour surveiller Napoléon, exilé sur Sainte-Hélène, avant de devenir relais des câbles sous-marins puis des communications spatiales. L'île, territoire britannique rattaché à Sainte-Hélène, vit au rythme des stations de communication et de la base aérienne; aucun tourisme de masse, aucune boutique de souvenirs en série.
Les tortues vertes de Long Beach
À deux pas du débarcadère, la longue plage de sable clair de Long Beach cache le trésor de l'île : chaque année, de novembre à mai, des milliers de tortues vertes traversent l'océan depuis les côtes du Brésil pour venir pondre ici. Ces géantes, parmi les plus grandes de leur espèce, laissent sur le sable des traces semblables à des sillons de tracteur. Selon la saison et l'heure, on observe les nids, parfois l'éclosion des petits, toujours à distance respectueuse et sans lampe de poche : les consignes des guides protègent ce rituel plus ancien que l'île elle-même n'est habitée.
Green Mountain, l'oasis fabriquée
Le contraste le plus étonnant se trouve en altitude. Green Mountain, qui culmine à près de 860 mètres, était autrefois aussi nu que le reste de l'île; au XIXe siècle, un programme de plantations inspiré par les botanistes de l'époque victorienne y a créé de toutes pièces une forêt de bambous, de bananiers et de fougères. Les sentiers du parc national grimpent dans cette végétation embuée jusqu'à des points de vue qui embrassent l'océan sur 360 degrés. La route est étroite et l'excursion se fait en véhicule avec guide, mais l'impression de passer du volcan à la jungle en trente minutes ne s'oublie pas.
Les oiseaux de l'Atlantique Sud
Les falaises et îlots voisins hébergent des colonies impressionnantes : sternes fuligineuses par centaines de milliers, noddis noirs, phaétons à bec rouge et la frégate de l'Ascension, que l'on n'observe nulle part ailleurs. Les sorties en zodiac longent ces parois bruyantes où le ciel ne se vide jamais.
- Débarquement en annexe, parfois annulé si la houle se lève.
- Longues plages interdites à la baignade par endroits en raison des courants; suivre les indications locales.
- Ponte des tortues de novembre à mai, avec un sommet de février à avril.
- Prévoir chaussures fermées, protection solaire et coupe-vent pour l'altitude.
Quand l'annexe reprend le chemin du navire, Georgetown rapetisse contre son décor de cendres, et Green Mountain garde son chapeau de nuages. On emporte de l'Ascension le souvenir d'un monde à part, mi-volcan mi-jardin, où les tortues connaissent la route mieux que les hommes. Les escales aussi isolées se comptent sur les doigts d'une main; celle-ci se raconte encore des années plus tard.