Une rangée de cottages blancs face à une anse tranquille, des voiliers au mouillage, des collines basses qui roulent vers des plages désertes : Coll se présente sans détour. Cette île des Hébrides intérieures, longue d'une vingtaine de kilomètres, compte moins de deux cents habitants et une seule localité, Arinagour, où les annexes déposent les passagers des petits navires. Ici, pas de monument à cocher ni de file d'attente : l'escale se construit autour de la marche, du vélo et de la conversation.
Arinagour concentre l'essentiel de la vie insulaire : l'épicerie qui fait aussi bureau de poste, le café où l'on refait le monde autour d'un thé fumant, l'hôtel dont le jardin descend vers la baie, réputé pour ses assiettes de produits de la mer. Les cottages du front de mer, alignés au 19e siècle, gardent leur chaux blanche immaculée. On loue des vélos au bureau de poste ou au centre communautaire pour élargir le rayon d'exploration, et les routes à voie unique se prêtent bien au coup de pédale tranquille.
Trente plages pour soi
La grande richesse de Coll tient en une statistique désarmante : une trentaine de plages de sable pour moins de deux cents résidents. Aucune n'est jamais bien loin : d'un bout à l'autre, l'île se traverse en une vingtaine de minutes de voiture. Crossapol, au sud, déroule sa courbe ourlée de dunes ; Torastan et Sorisdale, au nord, cachent leurs criques entre les rochers. Par beau temps, l'eau prend des teintes qui évoquent davantage les tropiques que l'Écosse, même si la température rappelle vite la latitude. Marcher pieds nus sur un sable que personne n'a foulé depuis des jours procure un luxe devenu rare, à savourer sans modération. Les eaux environnantes réservent aussi leurs rencontres : phoques curieux près des rochers et, certains étés, l'aileron placide d'un requin pèlerin au large.
Le râle des genêts de Totronald
À l'ouest, la réserve de la Société royale de protection des oiseaux, à Totronald, protège l'un des derniers bastions du râle des genêts, oiseau discret dont le chant râpeux résonne dans les prairies au début de l'été. Le machair, cette prairie côtière fleurie propre aux Hébrides, s'y couvre d'orchidées et de renoncules, survolé par les alouettes. Un petit centre d'accueil oriente les visiteurs ; les sentiers, faciles, se parcourent en une heure ou deux depuis la route.
Un ciel classé parmi les plus purs
Coll cultive une fierté singulière : l'absence totale d'éclairage public lui a valu en 2013 le statut de communauté de ciel étoilé, l'une des premières du Royaume-Uni. Les nuits d'hiver y révèlent la Voie lactée dans une profondeur que peu d'endroits d'Europe peuvent encore offrir, et parfois des aurores boréales. Les passagers d'escale n'en profiteront guère en plein jour, mais le centre communautaire An Cridhe expose télescopes et instruments, et raconte comment toute une population a choisi de préserver son obscurité. Il y a là une leçon discrète sur ce que le progrès gagne parfois à s'abstenir.
Le temps insulaire
Le reste de la journée s'improvise : un thé au jardin de l'hôtel, une marche vers les pointes rocheuses où se prélassent les phoques, quelques mots échangés avec un insulaire sur la météo, sujet inépuisable et traité avec le plus grand sérieux. Les distances se prêtent au vélo, les routes à voie unique imposent leur rythme, et chacun se salue d'un geste de la main au passage.
En regagnant le navire, on emporte de Coll des images simples : la chaux blanche d'Arinagour, une plage sans traces de pas, le vol lourd d'un héron sur l'anse. L'île n'a rien promis, elle a tout tenu. C'est peut-être la définition la plus honnête d'une escale réussie.