Isle of Mingulay Scotland
United Kingdom

Aucun quai n'attend le visiteur à Mingulay. Aucune route, aucun commerce, aucun habitant. Ce morceau de terre à la pointe sud des Hébrides extérieures, au-delà de Barra, appartient aux oiseaux de mer, aux phoques gris et au souvenir de ceux qui ont vécu ici pendant deux mille ans. Les navires d'expédition s'en approchent par la baie de l'est, et si la houle le permet, les zodiacs déposent les passagers directement sur la plage, comme les insulaires le faisaient autrefois. Ce débarquement à l'ancienne, jamais garanti, fait partie de l'aventure.

Une île à deux visages

Vue de l'est, Mingulay ressemble à une prairie inclinée : pentes vertes, baie de sable clair, eau turquoise les jours de soleil. Vue de l'ouest, tout bascule. Des falaises de gneiss plongent de plus de 200 mètres dans l'Atlantique, creusées de grottes et flanquées d'aiguilles rocheuses où la houle se fracasse sans répit. Cette double personnalité explique toute l'histoire du lieu : on vivait à l'abri du versant doux, on récoltait œufs et volailles sauvages sur le versant vertigineux.

Le village abandonné

Au-dessus de la plage, des murs de pierres sèches émergent des herbes hautes : les vestiges du village, abandonné en 1912. La communauté, qui compta jusqu'à 160 personnes, vivait de pêche, d'un peu d'élevage et de la récolte des œufs sur les parois, une activité aussi périlleuse qu'essentielle. L'isolement, l'absence de port digne de ce nom et l'attrait des terres plus clémentes eurent finalement raison d'elle. Marcher entre les ruines de l'ancienne école et des maisons effondrées, avec pour seul bruit le vent et les cris venus des parois, laisse peu de visiteurs indifférents. Le National Trust for Scotland veille sur les lieux depuis 2000. Une chanson de marins popularisée dans les années 1930, le Mingulay Boat Song, entretient d'ailleurs la mémoire de ces rameurs qui rentraient au village par gros temps ; plus d'un guide la fredonne en accompagnant ses groupes vers les ruines.

La métropole des oiseaux

Car Mingulay n'a jamais été aussi peuplée qu'aujourd'hui, à sa manière. Ses falaises et ses piles rocheuses accueillent des colonies d'importance internationale : guillemots serrés par milliers sur les corniches, petits pingouins, fulmars, mouettes tridactyles, cormorans huppés. Les macareux moines, avec leur bec rayé de couleurs vives, creusent leurs terriers dans les pentes gazonnées et se laissent approcher avec un flegme désarmant. Au printemps et en début d'été, le vacarme et le ballet aérien atteignent une intensité rare en Europe. Sur la plage, les phoques gris se comptent souvent par dizaines ; les plus curieux escortent les zodiacs, museau tendu hors de l'eau, jusqu'à quelques mètres des embarcations.

Marcher sur le toit de l'île

Pour les groupes qui débarquent, une montée d'une heure environ sur les pentes herbeuses conduit vers les sommets arrondis, Carnan culminant à 273 mètres. Le sentier n'existe pas à proprement parler ; on suit les moutons et les indications du guide. La récompense se trouve au bord des falaises de l'ouest, à distance prudente du vide : la vue plonge sur les colonies, l'aiguille de Lianamul et l'océan ouvert jusqu'à Barra Head, la pointe ultime de l'archipel, marquée d'un phare construit par la famille Stevenson.

Le privilège des lieux vides

Débarquer ici demande de la chance, de la météo et un navire prêt à tenter la manœuvre. C'est ce qui rend l'escale précieuse. Les passagers qui foulent la plage rejoignent le petit cercle de ceux qui ont vu l'archipel finir en beauté, entre remparts naturels pleins de vie et village rendu à l'herbe. Au moment du retour à bord, quand les phoques raccompagnent les embarcations, chacun mesure la rareté de ce qu'il vient de vivre : une heure ou deux dans un monde qui s'est retiré, et qui n'attend personne.