Peu de passagers s'attendent à débarquer dans un ancien chantier naval de la Royal Navy. Pembroke Dock, sur la rive sud de l'estuaire du Cleddau, au cœur du Pembrokeshire gallois, est pourtant née exactement pour cela : fondée en 1814 autour du seul chantier royal du pays de Galles, la ville a construit pendant plus d'un siècle des navires de guerre, dont plusieurs yachts royaux. Les rues en damier, les bâtiments géorgiens et les anciennes cales racontent encore cette vocation, et l'escale s'organise naturellement autour de cette histoire maritime.
Hydravions et Faucon Millénaire
Le Heritage Centre, installé dans une ancienne chapelle militaire, condense les surprises de la ville. On y apprend que la ville fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, la plus grande base d'hydravions militaires au monde : jusqu'à une centaine de Sunderland se balançaient sur l'estuaire, chargés de traquer les sous-marins dans l'Atlantique. Autre récit inattendu, et vérifiable : c'est dans un hangar d'ici que fut construit en secret, en 1979, le Faucon Millénaire grandeur nature du film L'Empire contre-attaque. Les bénévoles du centre racontent ces années avec un enthousiasme contagieux, photos et témoignages à l'appui.
La cité voisine et son château Tudor
À quelques kilomètres au sud, la ville jumelle de Pembroke s'étire au pied d'une des forteresses les plus imposantes du pays de Galles. Le château de Pembroke, énorme donjon rond et enceinte posés sur un éperon entouré d'eau, a vu naître en 1457 Henri Tudor, futur Henri VII, fondateur de la dynastie qui donnera Henri VIII et Élisabeth Ire. Les remparts se parcourent, les salles se visitent, et la grotte naturelle creusée sous l'éperon, la Wogan Cavern, ajoute une touche insolite. Taxis, autobus locaux ou excursions font le trajet en une dizaine de minutes; c'est le grand rendez-vous historique de l'escale.
L'estuaire et les villages d'en face
Le Cleddau, large bras de mer intérieur, structure toute la région. Sa traversée par le pont routier offre des vues plongeantes sur les anses où mouillent voiliers et vieux gréements. En face, le village de Neyland et, plus à l'ouest, Milford Haven vivent au rythme de leurs marinas. Les excursions côtières mènent volontiers vers les plages et falaises du parc national de la côte du Pembrokeshire, le seul parc national britannique presque entièrement littoral, dont les sentiers dominent une mer changeante ponctuée d'îles à oiseaux.
Idées pour composer sa journée
- Heritage Centre et promenade dans le quartier géorgien du chantier : une demi-journée tranquille à pied;
- donjon des Tudor et ruelles anciennes de la cité voisine : de deux à trois heures avec le déplacement;
- côte du Pembrokeshire, plages de Freshwater ou falaises de St Govan's : excursion d'une demi-journée;
- château de Carew et son moulin à marée, à une quinzaine de minutes de route, pour les amateurs de sites moins fréquentés.
Une région qui se mérite et se savoure
Le Pembrokeshire cultive aussi la table : crabes et homards des ports voisins, agneau gallois, fromages fermiers et, pour finir, une part de bara brith, ce pain-gâteau aux fruits secs servi avec le thé. Les pubs des deux villes en proposent l'essentiel dans un décor de poutres et de laiton, où l'accent chantant du pays de Galles fait partie du menu. Les conversations s'y nouent facilement, surtout si l'on demande où voir des phoques ou des macareux : chacun a son coin secret sur la côte.
Le retour le long des cales
En regagnant le navire, le chemin longe les anciennes cales de lancement et les murs du chantier, là où tant de coques ont glissé vers l'estuaire depuis 1814. La lumière du soir adoucit la pierre grise, les hérons pêchent sur la vasière, et le Cleddau s'étale, paisible, jusqu'aux collines. Pembroke Dock ne joue pas les vedettes; elle ouvre plutôt un chapitre d'histoire navale et une côte parmi les plus belles de Grande-Bretagne. Il reste, en appareillant, l'envie de revenir marcher sur les sentiers du littoral, cette fois sans montre.