Le détroit qui sépare Ulva de l'île de Mull se franchit en quelques minutes, et pourtant il marque une frontière nette. D'un côté, les routes et les villages de Mull. De l'autre, une île presque déserte, sans voitures, où les moutons circulent plus librement que les humains. Les navires d'expédition qui s'arrêtent ici mouillent au large et déposent leurs passagers en annexe sur la cale de débarquement, face aux collines couvertes de fougères. Dès les premiers pas, le calme s'impose. On n'entend que le vent, les vagues et les huîtriers-pies qui protestent le long du rivage.
Une île rendue à ses habitants
Ulva compte aujourd'hui une poignée de résidents. En 2018, la communauté locale a racheté l'île, un geste devenu symbole du renouveau des Hébrides. Ce territoire de landes et de bois nourrissait autrefois plusieurs centaines de personnes, avant que les évictions du dix-neuvième siècle ne vident les hameaux. Les murs de pierre des maisons abandonnées émergent encore des fougères, et leur présence silencieuse accompagne chaque promenade. La famille du célèbre explorateur David Livingstone venait d'ici, un rappel que ces rivages isolés ont envoyé leurs enfants aux quatre coins du monde.
Près de la cale, deux haltes qui donnent le ton
À une centaine de mètres du débarcadère, une chaumière restaurée abrite le petit musée insulaire. Sheila MacFadyen y a vécu jusque dans les années 1950, sans électricité ni eau courante, et sa maison au toit de chaume raconte ce quotidien avec une sobriété touchante. Tout à côté, le Boathouse sert les produits de la mer pêchés dans les eaux environnantes. Les huîtres et les langoustines y arrivent directement des casiers, et la terrasse regarde passer les bateaux dans le détroit. Peu d'escales offrent un premier contact aussi direct avec la vie insulaire.
Marcher, simplement
Ulva se découvre à pied, et c'est précisément sa richesse. Des chemins balisés sillonnent les bois de feuillus, longent les anses et grimpent vers les points de vue sur le Ben More, le sommet de Mull qui domine l'horizon. L'église conçue par l'ingénieur Thomas Telford mérite un arrêt, tout comme les vestiges des anciens villages. Prévoyez de bonnes chaussures : le terrain devient vite humide et inégal dès que l'on s'éloigne de la cale. Voici quelques repères pour organiser votre temps à terre.
- Boucle courte vers la chaumière-musée et l'église : environ une heure, terrain facile.
- Sentier des bois et du rivage : deux heures aller-retour, quelques passages boueux.
- Points de vue de l'intérieur : trois heures et plus, pour marcheurs équipés.
Une nature qui se mérite
Les eaux qui entourent Ulva abritent phoques, loutres et parfois des aigles de mer, réintroduits dans la région et devenus l'une des fiertés des Hébrides intérieures. Rien ne garantit leur apparition, bien sûr. C'est la règle du jeu dans ces îles : la faune décide, le voyageur observe. Les plus patients scrutent les rochers à marée basse, où les phoques aiment se hisser, et gardent un œil sur les cimes lorsque planent les grands rapaces.
Le retour vers l'annexe
Au moment de revenir vers la cale, beaucoup de passagers remarquent le panneau du traversier local : un simple volet coulissant que l'on découvre pour signaler au passeur, resté de l'autre côté du détroit, que l'on souhaite traverser. Ce détail résume ce lieu tout entier. Ici, tout fonctionne à l'échelle humaine, au rythme des marées et de la météo. En remontant à bord, on emporte le souvenir d'un territoire qui a choisi de rester simple, et qui offre exactement cela à ceux qui prennent le temps de le parcourir.