Un phare planté au beau milieu d'une route à quatre voies : voilà qui donne le ton. Depuis 1848, la tour blanche de Biloxi veille sur le golfe du Mexique, et lorsque la ville a reconstruit la route côtière autour d'elle, personne n'a songé à la déplacer. C'est aujourd'hui, rappellent fièrement les habitants, le seul phare des États-Unis dans une telle position, et le symbole d'une cité du Mississippi qui a toujours composé avec la mer, les tempêtes et le temps qui passe.
Une escale à taille humaine
Les navires qui font escale ici sont de petites unités, typiques des itinéraires côtiers du golfe entre la Floride et La Nouvelle-Orléans ; certains débarquent leurs passagers du côté d'Ocean Springs, juste de l'autre côté du pont de la baie. Le front de mer se parcourt aisément : une longue plage de sable clair borde le boulevard, assez large pour que chacun y trouve son coin tranquille, ponctuée de jetées où les pêcheurs lancent leurs lignes dès le matin. L'air sent le sel et la friture de crevettes, et l'on comprend vite que tout, dans cette ville, ramène aux fruits de mer. Quelques casinos posés au bord de l'eau ajoutent leurs façades voyantes au décor, rappel que la station balnéaire vit aussi de ses tables de jeu.
Trois cents ans d'histoire maritime
Le Maritime and Seafood Industry Museum raconte cette longue histoire d'eau salée : la pêche à la crevette et à l'huître, la construction navale, les ouragans qui ont plusieurs fois redessiné la côte. On y admire la Nydia, un sloop de croisière gréé en 1898 dans les chantiers locaux, entouré de filets, d'outils de forge marine et de maquettes qui font revivre l'âge d'or des conserveries. Le musée entretient aussi la mémoire des goélettes de Biloxi, ces voiliers de travail dont des répliques hissent encore la toile depuis le quai des goélettes, sur le front de mer.
Le phare et son escalier
Revenons au phare : sa silhouette de fonte blanche se visite, et l'étroit escalier en colimaçon mène à une vue dégagée sur la baie et les îles-barrières qui ferment l'horizon. La tour a survécu à tous les ouragans depuis un siècle et demi, ce qui lui vaut une affection particulière chez les habitants ; elle figure sur les emblèmes de la ville, et chacun ici a une histoire à raconter à son sujet.
L'art, côté rivage
À quelques pas du rivage, le musée d'art Ohr-O'Keefe rend hommage à George Ohr, potier natif de Biloxi dont les céramiques aux formes tordues et aux glaçures inattendues ont fait un précurseur. Les pavillons du musée, posés parmi les chênes verts drapés de mousse espagnole, composent l'un des ensembles architecturaux les plus surprenants de la côte du Mississippi. C'est le genre de détour que l'on fait par curiosité et dont on ressort conquis.
Le goût de la côte
Reste à passer à table. Crevettes du golfe, huîtres, po'boys généreux : les restaurants du bord de l'eau servent une cuisine côtière sans détour, héritée des familles de pêcheurs venues d'Europe et d'ailleurs qui ont bâti la ville. Un plat du jour face à la baie, commandé sans façon, c'est la manière la plus simple de saisir l'âme du lieu ; les habitués vous indiqueront volontiers leur adresse préférée.
Quitter la baie
Au départ, la tour blanche rapetisse dans le sillage et les goélettes rentrent vers leur jetée. Biloxi ne cherche pas à éblouir ; elle raconte, avec constance, une vie tournée vers la mer depuis trois siècles, entre filets, tempêtes et recommencements. On repart avec l'odeur du sel, un souvenir de céramique tourmentée et l'idée qu'une escale modeste peut nourrir longtemps la conversation.