Un marin de bronze au sourire en coin, les avant-bras démesurés, monte la garde au pied du pont qui enjambe le Mississippi. Bienvenue à Chester, Illinois, patrie d'Elzie C. Segar, le dessinateur qui donna naissance à Popeye. Les bateaux à aubes et navires fluviaux qui descendent le grand fleuve entre St. Louis et Memphis y font halte, et l'escale, brève mais savoureuse, ressemble à une page de bande dessinée que l'on tournerait à pied. Les compagnies fluviales américaines l'inscrivent volontiers à leurs itinéraires du cours moyen du Mississippi, précisément pour son originalité.
La petite localité s'étage sur les falaises de la rive est, ce qui lui vaut de beaux points de vue sur le Mississippi. Dès le débarquement, des navettes locales ou l'autocar de la compagnie conduisent les passagers vers le centre d'accueil des visiteurs, installé près du pont, là où la statue de six pieds du célèbre marin attire tous les appareils photo.
Sur les traces du dessinateur
Elzie C. Segar est né ici, et il a peuplé sa bande dessinée de figures locales : Popeye lui-même s'inspire de Frank Fiegel, un personnage bien réel de Chester. Le parc commémoratif qui porte le nom du dessinateur honore cette filiation, et une chasse aux statues s'organise à travers les rues, où les compagnons du marin, Olive Oyl, Wimpy et les autres, surgissent au coin des trottoirs. Ce parcours ludique fait marcher les visiteurs d'un quartier à l'autre et donne à la balade un fil conducteur réjouissant. Les habitants jouent le jeu avec un plaisir évident : demandez votre personnage préféré, on vous indiquera son emplacement avec force anecdotes.
La boutique-musée des collectionneurs
Impossible de repartir sans pousser la porte de Spinach Can Collectibles, boutique et musée à la fois, où s'entassent des décennies d'objets à l'effigie du mangeur d'épinards : boîtes anciennes, figurines, affiches et pièces rares. Les tenanciers connaissent l'histoire de chaque objet et accueillent les passagers des bateaux avec un enthousiasme communicatif. On y attrape facilement le sourire, même sans être amateur de bandes dessinées, et rares sont ceux qui ressortent sans un souvenir en poche.
Le fleuve, toujours présent
Entre deux statues, le regard revient sans cesse au fleuve. Depuis les hauteurs, on suit le lent ballet des convois de barges qui glissent vers le sud, poussés par des remorqueurs dont le grondement porte loin. Le spectacle n'a probablement pas beaucoup changé depuis un siècle, et c'est ce qui le rend précieux. Le grand pont routier qui relie l'Illinois au Missouri encadre la scène de sa longue travée d'acier. Ces panoramas rappellent que la vocation première du lieu demeure fluviale, et que la bande dessinée n'aurait jamais existé sans ce fleuve où le jeune dessinateur observait les mariniers. Au coucher du soleil, quand la lumière rase l'eau et dore les falaises calcaires, on comprend qu'un enfant d'ici ait eu envie de raconter des histoires de marins toute sa vie.
Repères pour l'escale
| Lieu |
Accès depuis le débarcadère |
| Statue de Popeye et centre d'accueil |
Près du pont, navette ou courte marche |
| Parc commémoratif Segar |
Attenant au centre d'accueil |
| Spinach Can Collectibles |
Centre-ville, navette locale |
| Points de vue sur le Mississippi |
Hauteurs de la ville |
Une escale qui garde le moral
Chester joue la carte de la légèreté, et elle la joue bien. On y passe quelques heures à sourire, à photographier des personnages d'encre devenus de bronze, à saluer des habitants visiblement heureux de partager leur héros. En remontant à bord, plus d'un passager fredonne le thème du marin à la pipe en regardant le courant. Mettre des inconnus de bonne humeur en quelques heures, voilà un exploit que bien des capitales touristiques envieraient à cette petite cité riveraine.