Il fut un temps où cette petite ville de l'Iowa comptait plus de millionnaires par habitant que presque partout ailleurs aux États-Unis. Leur fortune flottait sur le Mississippi, des trains de billots descendus des forêts du Wisconsin et du Minnesota pour être débités dans les scieries locales. Clinton, aujourd'hui paisible, garde de cet âge du bois une fierté tranquille que les passagers des bateaux à aubes prennent plaisir à débusquer.
Riverview Park, l'escale verte
Les navires fluviaux accostent en bordure de Riverview Park, un grand parc riverain qui fait tampon entre le fleuve et le centre-ville. Marina, sentiers, terrains de jeu et kiosque à musique s'y succèdent sur des dizaines d'hectares de pelouses. La promenade est facile et le centre se trouve à distance de marche, ce qui donne à l'escale un rythme de dimanche après-midi, même en pleine semaine. On y croise autant de poussettes que de cannes à pêche, signe d'un espace vert réellement adopté par ses résidents.
Un théâtre dans un bateau
Curiosité bien locale, le théâtre d'été local loge dans un ancien bateau fluvial mis en cale sèche dans le parc. La troupe du Clinton Area Showboat Theatre y monte comédies musicales et pièces de répertoire pendant la belle saison, perpétuant la tradition des spectacles flottants qui remontaient jadis le Mississippi d'escale en escale. Assister à une représentation dans une coque de vapeur, à quelques mètres du vrai fleuve, a quelque chose de délicieusement circulaire.
La mémoire des scieries
Pour comprendre d'où vient toute cette histoire, le Sawmill Museum plonge dans l'époque des barons du bois. Scies monumentales, outils d'époque, maquettes et ateliers interactifs racontent le travail des draveurs et des ouvriers qui transformaient les billots en planches par millions. Les enfants peuvent manipuler, construire, expérimenter; les adultes mesurent l'ampleur d'une industrie qui fit de Clinton, à la fin du dix-neuvième siècle, l'une des capitales mondiales du sciage.
La nature aux premières loges
Le fleuve reste le grand spectacle de l'endroit. Les pélicans blancs et les aigles à tête blanche fréquentent le secteur selon les saisons, et le centre d'écotourisme du comté, installé sur la rive, initie les curieux aux méandres, aux îles et à la faune du fleuve. Au printemps et à l'automne, les migrations donnent aux berges des allures de volière géante. Les cyclistes peuvent emprunter la piste riveraine qui suit la berge, une portion du réseau qui longe le Mississippi sur des centaines de kilomètres.
| Attrait | Accès depuis le débarcadère |
| Riverview Park et kiosque | Sur place |
| Théâtre Showboat | Dans le parc même |
| Sawmill Museum | Courte course ou navette d'excursion |
| Centre-ville et cafés | Distance de marche |
Flâner sans montre
À l'écart du parc, quelques rues commerçantes gardent un charme un peu suranné, boutiques d'antiquités, casse-croûte et cafés où le serveur appelle les habitués par leur prénom. C'est l'Amérique des comtés agricoles, sans filtre ni décor. On y échange facilement quelques mots sur la crue du printemps ou la récolte de maïs, un cornet de crème glacée à la main, et l'on repart avec le sentiment d'avoir rencontré la ville plutôt que de l'avoir consommée.
Au signal du départ, le navire s'écarte de la berge et Riverview Park rapetisse doucement dans le sillage. Clinton retourne à ses pélicans et à ses répétitions de théâtre. Le passager, lui, comprend un peu mieux ce que le Mississippi transporte depuis toujours, du bois hier, des histoires aujourd'hui, et le même courant patient qui relie les deux.