L'Ohio décrit ici un large croissant, et la ville épouse la courbe : Evansville s'est construite dans un méandre du fleuve, au sud-ouest de l'Indiana, face aux rives boisées du Kentucky. Les bateaux fluviaux qui remontent ou descendent l'Ohio y font halte sur sa rive, à courte distance d'une esplanade aménagée sur la levée qui protège les rues basses des crues.
Troisième ville de l'État, Evansville cultive une identité fluviale ancienne : port de bois et de charbon au dix-neuvième siècle, chantier naval décisif au vingtième, front de rivière repensé pour la promenade au vingt et unième. Le débarquement se fait pour ainsi dire dans le salon de la ville.
Dress Plaza, le balcon sur l'Ohio
L'esplanade riveraine s'étire en terrasses au-dessus du fleuve, ponctuée de belvédères et d'une rambarde-chronologie qui égrène les dates marquantes de la cité. À l'extrémité de l'esplanade, le monument des Quatre Libertés dresse ses colonnes face au courant depuis les années 1970. Les résidants viennent y marcher au coucher du soleil, quand les remorqueurs poussent leurs trains de barges dans la lumière dorée. À quelques rues, le quartier Haynie's Corner regroupe ateliers d'artistes, façades peintes et cafés dans d'anciennes demeures cossues.
Le LST-325, mémoire du jour J
Le monument le plus émouvant de l'escale flotte : le USS LST-325, dernier navire de débarquement de chars de la Seconde Guerre mondiale encore en état de naviguer, a débarqué hommes et blindés en Normandie en juin 1944. Amarré près du débarcadère, il se repère de loin à sa silhouette grise. Sa présence ici n'a rien du hasard : le chantier naval d'Evansville a construit cent soixante-sept de ces navires pendant le conflit, employant près de vingt mille ouvriers et ouvrières au plus fort du conflit. La visite guidée parcourt le pont des chars, la passerelle et les quartiers d'équipage; le musée de la guerre voisin complète le récit avec avions et véhicules restaurés.
Un musée, un stade centenaire et des écureuils albinos de passage
Sur le front de rivière même, le Musée des arts, de l'histoire et des sciences reconstitue une rue commerçante du dix-neuvième siècle et expose peintures européennes et américaines de quatre siècles. Les amateurs de sport font le détour par Bosse Field, stade de baseball inauguré en 1915, le troisième plus ancien du pays encore en service régulier après Fenway Park et Wrigley Field : le film « A League of Their Own » y a été tourné, et les Otters y jouent toujours l'été. De l'autre côté du fleuve, au Kentucky, le parc d'État John James Audubon rappelle que le grand peintre naturaliste a vécu et observé ses oiseaux dans la région.
Pour organiser la journée
- Le front de rivière, les collections et le centre se parcourent à pied depuis le débarcadère.
- Le LST-325 demande environ une heure trente de visite guidée; vérifiez les horaires du jour dès l'arrivée.
- Les excursions proposées par les compagnies incluent souvent le musée de la guerre ou le parc Audubon, à courte distance en autocar.
- L'été, chaleur moite de vallée fluviale : bouteille d'eau et pauses à l'ombre recommandées.
Larguer les amarres dans le méandre
Au départ, le bateau reprend le fil du courant et la rive défile lentement le long de sa courbe, esplanade, clochers, château d'eau, jusqu'à ce que la forêt riveraine referme le paysage. Evansville se vit comme une page d'histoire américaine à ciel ouvert : un fleuve travailleur, une histoire industrielle qui a pesé sur l'issue d'une guerre mondiale, un stade centenaire où l'on joue encore. Sur l'Ohio, les villes ne crient pas pour se faire remarquer; celle-ci raconte, et on l'écoute volontiers jusqu'à la dernière bouée.