Cinq mers intérieures au cœur du continent. Les Grands Lacs contiennent environ le cinquième de l'eau douce de surface de la planète, et pourtant, une croisière sur ces eaux demeure l'un des secrets les mieux gardés de l'Amérique du Nord. Depuis le pont, l'horizon se confond parfois avec celui d'un océan. Puis une île boisée apparaît, un phare, un cargo long de 300 mètres, et l'on se rappelle que l'on navigue au milieu du continent, entre l'Ontario et le Midwest américain.
Une navigation réservée aux petits navires
Les écluses qui relient les bassins imposent leurs dimensions : seuls les navires de taille modeste, généralement moins de 400 passagers, peuvent circuler d'un bassin à l'autre. Cette contrainte façonne toute l'expérience. Les escales se vivent à échelle humaine, les ports accueillent un seul navire à la fois et les passagers débarquent souvent au centre même des villes. Plusieurs compagnies d'expédition y déploient zodiacs, kayaks et conférenciers, transformant la région en véritable territoire d'exploration.
D'un lac à l'autre
La saison s'étend de mai à octobre. Les itinéraires classiques relient Toronto ou Milwaukee à Duluth ou Thunder Bay en huit à quinze jours, en traversant les cinq lacs : Ontario, Érié, Huron, Michigan et Supérieur. Deux passages marquent la mémoire des navigateurs. Le canal Welland d'abord, dont les huit écluses hissent le navire de près de 100 mètres pour contourner les chutes Niagara. Puis les écluses Soo, à Sault-Sainte-Marie, qui ouvrent la porte du lac Supérieur, le plus vaste et le plus sauvage des cinq.
Des métropoles aux archipels
Peu d'itinéraires offrent de tels contrastes en une seule semaine. Un matin, le navire longe les gratte-ciel de Toronto, de Cleveland ou de Detroit, dont la silhouette se dresse face à Windsor, en Ontario. Le lendemain, il mouille devant la baie Georgienne, où quelque 30 000 îles de granit rose et de pins courbés par le vent composent une réserve de biosphère reconnue par l'UNESCO. Les amateurs d'histoire retrouvent les postes de la traite des fourrures; les contemplatifs guettent les huards depuis le pont.
Mackinac, l'île sans voitures
Escale fétiche de la plupart des itinéraires, l'île Mackinac, au confluent des lacs Huron et Michigan, interdit les véhicules à moteur depuis la fin du 19e siècle. On y circule à vélo, à pied ou en calèche, entre les résidences victoriennes et les boutiques de fudge, la friandise emblématique de l'île. Le fort Mackinac domine le détroit et raconte les rivalités franco-britanniques qui ont façonné la région, à l'époque où les voyageurs canadiens-français sillonnaient ces eaux en canot d'écorce.
L'héritage de la Nouvelle-France
Pour les voyageurs québécois, ces eaux ont un parfum de famille. Sault-Sainte-Marie, Détroit, Duluth : la toponymie rappelle que les explorateurs et les missionnaires de la Nouvelle-France ont cartographié ces rivages dès les années 1620. Cavelier de La Salle lance le Griffon sur le lac Érié en 1679, Antoine de Lamothe-Cadillac fonde Détroit en 1701, et des générations de voyageurs pagayeront ensuite entre Montréal et les postes de l'Ouest. Plusieurs conférenciers à bord consacrent une causerie à cette époque, et l'on regarde ensuite défiler la côte autrement.
Bien préparer ce type de croisière
Quelques repères pratiques aident à choisir son itinéraire.
| Aspect | À retenir |
| Saison | Mai à octobre; couleurs d'automne dès la mi-septembre |
| Durée typique | 8 à 15 jours |
| Navires | Petites unités (100 à 380 passagers), souvent de type expédition |
| Embarquements fréquents | Toronto, Milwaukee, Chicago, Duluth, Thunder Bay |
| Météo | Variable; prévoir des couches, même en été |
Les eaux y restent généralement calmes, un avantage apprécié des voyageurs sensibles au mal de mer. Les formalités douanières entre le Canada et les États-Unis se règlent à bord, mais le passeport demeure obligatoire puisque les itinéraires franchissent la frontière à plusieurs reprises.
Le retour au navire
Au terme d'une journée dans la baie Georgienne ou sur les quais de l'île Mackinac, plusieurs passagers font le même constat : ils croyaient connaître leur propre continent. Ces lacs, que les riverains appellent simplement les mers douces, réservent une navigation différente de toutes les autres. On en revient avec l'envie d'ouvrir une carte du Canada et des États-Unis pour repérer tout ce qui reste à explorer, un lac à la fois.