Le Mississippi a abandonné Greenville dans les années 1930. Quand les ingénieurs ont recoupé ses méandres, le fleuve s'est retiré à quelques kilomètres vers l'ouest, laissant derrière lui le lac Ferguson, un long bras d'eau calme où accostent aujourd'hui les bateaux fluviaux. C'est donc sur une ancienne boucle du fleuve que votre navire s'amarre, au pied de la digue qui protège la ville depuis la grande crue de 1927. Cet ouvrage de terre raconte à lui seul l'histoire de la région.
Une ville née de l'eau et des mots
Greenville s'est reconstruite plusieurs fois. Brûlée pendant la guerre de Sécession, engloutie en 1927 lorsque la levée a cédé en amont, elle a chaque fois choisi de rester au bord de l'eau. De cette obstination est née une communauté singulière, qui a donné au pays une concentration étonnante d'écrivains : l'historien Shelby Foote y a grandi, le romancier Walker Percy y a passé son adolescence. Jim Henson, le créateur des Muppets, y est né en 1936. Pour une ville de cette taille, le compte force le respect.
Depuis l'embarcadère, quelques minutes de marche ou une courte navette suffisent pour rejoindre le centre. Le 1927 Flood Museum y retrace la catastrophe qui a jeté des dizaines de milliers de personnes sur les routes et transformé la musique, la politique et la démographie américaines. Les photographies d'époque, où des familles campent sur la digue au milieu des eaux, marquent durablement.
Le blues à sa source
Le delta a inventé le blues, et Greenville se trouve en plein cœur de ce territoire musical. La route 61, celle que chantent tant de musiciens, passe tout près. Les excursions proposées lors des arrêts fluviaux mènent souvent au B.B. King Museum d'Indianola, à une quarantaine de kilomètres, un musée moderne consacré au plus célèbre enfant de la région. On y comprend comment les champs de coton, les églises et les juke joints ont façonné une musique devenue universelle.
Les tertres de Winterville
À une dizaine de kilomètres vers le nord, le site historique de Winterville Mounds conserve un ensemble de tertres cérémoniels élevés par les peuples autochtones de la vallée entre le 11e et le 15e siècle. Le tertre principal domine la plaine agricole de ses 17 mètres. Un petit musée présente les objets retrouvés sur place. Le site, classé monument historique national, se prête à une promenade paisible entre les buttes herbeuses, sous un ciel immense.
Repères pratiques
| Repère | Ce qu'il faut savoir |
| Accostage | Berge du lac Ferguson, au pied de la levée, près du centre |
| Cœur de Greenville | Accessible à pied ou en navette selon le point d'amarrage |
| Winterville Mounds | Environ 10 km au nord, en excursion ou en taxi |
| Musée B.B. King | À Indianola, environ 40 km, généralement en excursion organisée |
Le goût du delta
Greenville se proclame capitale mondiale du tamale, et la revendication se défend. Ce petit rouleau de semoule de maïs farci de viande épicée, hérité des travailleurs mexicains venus dans les champs au début du 20e siècle, mijote ici depuis des générations. Plusieurs restaurants du centre en servent à l'heure du dîner, avec cette cuisine du Sud où le poisson-chat frit côtoie les légumes braisés. Un repas simple, généreux, qui dit beaucoup sur l'endroit.
En fin de journée, la digue offre le plus beau point d'observation qui soit : d'un côté les toits de la ville, de l'autre le lac Ferguson où se reflète la lumière rasante. Les hérons pêchent le long des berges. On mesure alors ce que signifie vivre sous le niveau des eaux, derrière un mur de terre, dans une plaine qui doit tout au fleuve, même ses malheurs. Le delta ne se raconte pas : il s'éprouve, lentement, à hauteur d'homme.