Ici, pas un seul feu de circulation. Molokai s'enorgueillit d'être restée l'île hawaïenne d'avant le tourisme de masse, et Kaunakakai, sa principale bourgade, donne le ton dès l'arrivée : trois pâtés de maisons aux façades de bois, un quai interminable avancé dans le lagon, et des habitants qui saluent les nouveaux venus comme des voisins. Les navires qui s'arrêtent ici sont rares, petits, et leurs passagers en redemandent.
Le plus long quai d'Hawaï
Les navires mouillent au large et débarquent leurs passagers en chaloupe au wharf de Kaunakakai, une jetée d'environ 800 mètres qui détient le record de longueur de l'archipel. La promenade sur le quai fait partie de l'expérience : pêcheurs à la ligne, gamins qui plongent dans l'eau claire, et vue dégagée sur les pentes vertes de l'île. Au bout, la rue principale commence presque aussitôt.
Une rue principale comme autrefois
Ala Malama Avenue concentre l'essentiel de la vie locale : épiceries familiales, casse-croûte, magasin général et la boulangerie Kanemitsu, institution centenaire dont le pain chaud se vend le soir par une porte dérobée de l'arrière-boutique. Le samedi matin, un marché fermier anime le trottoir de fruits tropicaux, de colliers de coquillages et de confitures maison. On flâne d'une boutique à l'autre en quelques minutes, on échange trois mots avec les commerçants, et l'on comprend vite que le « rien à faire » de Molokai est en réalité son plus grand luxe.
Les héritages du royaume
À la sortie ouest de la ville, la cocoteraie royale de Kapuaiwa aligne ses palmiers plantés dans les années 1860 sous le règne de Kamehameha V, qui affectionnait l'île. Le long de la côte sud, des dizaines de viviers de pierre construits par les Hawaïens il y a plusieurs siècles affleurent encore à marée basse : ces enclos de pêche comptent parmi les ouvrages d'aquaculture anciens les mieux conservés du Pacifique, et des associations locales en restaurent patiemment plusieurs, pierre par pierre.
Falaises, vallées et bout du monde
Les excursions d'une journée révèlent la démesure cachée de l'île. Au nord, le belvédère de Palaau surplombe la péninsule de Kalaupapa, adossée à des falaises marines qui approchent les 1 000 mètres, parmi les plus hautes du monde; ce village isolé, autrefois lieu d'exil des malades de la lèpre, est aujourd'hui un site historique national dont l'histoire, portée par la figure du père Damien, émeut tous ceux qui s'y penchent. À l'est, la route côtière serpente jusqu'à la vallée de Halawa, l'un des plus anciens lieux de peuplement de l'archipel, où des guides des familles du cru mènent les marcheurs vers une chute d'eau au fond d'un amphithéâtre de verdure. À l'ouest enfin, la plage de Papohaku déroule près de cinq kilomètres de sable clair, presque toujours déserte.
L'escale en pratique
- Débarquement en chaloupe, selon l'état de la mer; prévoyez des chaussures qui tolèrent les embruns.
- Les sites éloignés exigent une excursion ou une voiture de location réservée d'avance : l'offre est limitée.
- Kalaupapa ne se rejoint qu'à pied, à dos de mule ou en avion, avec autorisation; le belvédère de Palaau reste accessible à tous.
- Aucun édifice n'y dépasse la hauteur d'un cocotier, aiment rappeler les habitants : n'attendez ni tour ni centre commercial.
- Respectez les lieux : Molokai tient à son mode de vie et l'affiche fièrement.
Le mot de la fin
Au moment de remonter en chaloupe, le quai s'allonge derrière soi comme un trait d'union entre deux époques. Molokai n'a ni centres commerciaux ni complexes hôteliers à offrir, et c'est exactement pour cela qu'on s'en souvient : elle montre ce que les îles d'Hawaï étaient avant que le monde ne s'en empare, et ce qu'une communauté décidée peut préserver quand elle choisit, calmement, de rester elle-même.