Deux rivières se rejoignent au pied de la ville : la Muskingum vient mourir dans l'Ohio devant les quais herbeux où s'amarrent les bateaux fluviaux. Marietta, fondée en 1788, fut la première implantation permanente du Territoire du Nord-Ouest, autrement dit le point de départ officiel de l'expansion américaine vers l'ouest. Les navires accostent à la berge du centre-ville, et tout l'essentiel se trouve à distance de marche : rues bordées de briques, clochers, librairies et cafés composent un décor d'Amérique fluviale préservée.
Campus Martius, aux origines de l'Ohio
À quelques rues du débarcadère, le musée Campus Martius s'élève à l'emplacement de la palissade qui protégea les premiers colons venus de Nouvelle-Angleterre. On y suit la grande migration vers l'ouest, chariot bâché d'époque à l'appui, des pionniers de la Compagnie de l'Ohio aux familles du XXe siècle parties chercher du travail dans les villes industrielles. La maison de Rufus Putnam, chef de file des fondateurs, se découvre au cœur de l'exposition, conservée avec son mobilier d'époque.
Le fleuve raconté par ses bateaux
En contrebas, le musée de la Rivière Ohio détaille l'âge d'or des vapeurs, quand des centaines de bateaux à roue battaient les eaux entre Pittsburgh et La Nouvelle-Orléans. Amarré devant les pavillons, le W.P. Snyder Jr., dernier remorqueur à vapeur et à roue arrière intact des États-Unis, se laisse parcourir du pont à la timonerie. Les maquettes, sifflets et photographies replacent Marietta dans cette épopée fluviale dont les navires de croisière actuels sont les héritiers directs. Des airs de calliope, cet orgue à vapeur des ponts supérieurs, résonnent d'ailleurs encore sur la berge lors de la grande fête des bateaux à roue de septembre.
Un tumulus plus vieux que la ville
Au cœur du cimetière Mound, un tertre conique élevé par les peuples de la culture Adena veille sur les tombes des officiers de la Révolution américaine, plus nombreux ici que dans tout autre cimetière du pays. Les noms gravés se lisent encore sur les pierres moussues. L'escalier taillé dans le tumulus mène à un modeste belvédère : difficile de trouver meilleur résumé de la profondeur historique du lieu, des bâtisseurs amérindiens aux vétérans de 1776.
Harmar, l'autre rive de la Muskingum
Un ancien pont ferroviaire converti en passerelle piétonne franchit la Muskingum vers le village de Harmar, où s'établit le fort qui précéda la fondation de 1788. Maisons de planches, petit musée ferroviaire et glacier à l'ancienne composent une promenade paisible d'une heure, avec les plus belles vues sur les quais d'en face. Les gourmands remontent rarement à bord sans un cornet ou un sachet de bonbons d'autrefois.
Flâner dans le centre historique
- Front Street et ses commerces indépendants, entre antiquaires, chocolatiers et boutiques de proximité.
- Le Lafayette, hôtel de 1918 au bord de l'eau, dont le hall respire l'époque des vapeurs.
- Les ponts sur la Muskingum, parfaits pour une promenade au-dessus des reflets du soir.
- La maison-musée The Castle, demeure néogothique des notables du XIXe siècle.
- Le théâtre Peoples Bank, salle de 1919 restaurée avec soin, si une représentation coïncide avec l'escale.
Les distances se parcourent à pied sans difficulté, et les bénévoles locaux, souvent présents à l'accostage, distribuent plans et conseils avec une gentillesse toute midwestern.
À la tombée du jour, les lampadaires s'allument sur les façades de brique et les eaux mêlées des deux rivières prennent une teinte d'étain. On repense alors à ces familles parties de Nouvelle-Angleterre à la fin du XVIIIe siècle pour bâtir, ici, la première ville d'un territoire immense. L'Amérique de l'Ouest a commencé sur cette berge tranquille, et Marietta le raconte sans grandiloquence, à hauteur d'homme, comme au premier soir de 1788.