Le tambour résonne dans la maison longue avant même que les visiteurs aient trouvé leur place sur les bancs de cèdre. Face au petit havre de pêche, les danseurs entrent en régalia, couvertures à boutons et coiffes sculptées, et le chant s'élève dans une langue que peu d'oreilles ont entendue : le sm'algyax, la langue des Tsimshians. Metlakatla, sur l'île Annette, tout au sud de l'Alaska, est la seule réserve autochtone de l'État, et elle reçoit ses visiteurs comme on reçoit des invités, pas des clients.
Une communauté au destin singulier
L'histoire de Metlakatla commence ailleurs. En 1887, plusieurs centaines de Tsimshians quittent la côte de la Colombie-Britannique avec le missionnaire anglican William Duncan pour fonder une nouvelle communauté sur l'île Annette, côté américain. Le nom du village, qui signifie « passage d'eau salée », vient de leur terre d'origine. Lorsque l'Alaska abolit les réserves au XXe siècle, Metlakatla choisit de conserver son statut particulier, qui lui garantit encore aujourd'hui le contrôle de son île, de ses eaux et de ses ressources.
La maison longue face au havre
Le cœur des visites bat dans la maison longue communautaire, dont la façade peinte de motifs traditionnels regarde les bateaux de pêche. À l'intérieur, les artefacts côtoient les œuvres contemporaines, et les troupes de danse locales, dont plusieurs membres quittent leur travail le temps d'une représentation, partagent chants, tambours et récits de clans. L'émotion tient à la proximité : quelques dizaines de spectateurs, des danseurs de tous âges et une fierté qui n'a rien d'un spectacle appris. Après la représentation, plusieurs spectateurs s'attardent pour échanger avec les danseurs, qui répondent avec un mélange de fierté et de simplicité désarmante.
Totems, art et ateliers
En parcourant le village, on croise des mâts totémiques récents, signe d'une tradition de sculpture bien vivante, ainsi que le centre artistique où travaillent graveurs, tisserands et perleurs. Les visiteurs peuvent observer les artistes à l'œuvre et acheter directement leurs créations : bijoux d'argent gravés aux motifs des clans, paniers, gravures. Chaque pièce vient avec son histoire et le nom de son créateur, ce qui change tout du magasinage ordinaire des grandes escales de la région.
L'île Annette, entre mer et montagnes
Autour du village, l'île déploie forêts pluviales, plages de galets et montagnes modestes mais escarpées. Les sorties guidées mènent vers des points de vue sur le détroit, où passent baleines, phoques et pygargues. La pêche fait vivre la communauté depuis toujours ; selon la saison, on voit les senneurs rentrer au havre et décharger le saumon, sous l'œil intéressé des goélands et des curieux. Une courte promenade de bois grimpe la colline Yellow Hill, butte de grès jaune d'où le regard embrasse le détroit et les sommets voisins, tandis que le petit musée aménagé dans l'ancienne résidence de Duncan conserve les souvenirs des débuts de la colonie tsimshiane.
Comprendre avant de venir
- La plupart des passagers arrivent dans le cadre d'excursions organisées depuis Ketchikan, à environ 45 minutes de traversier ; quelques petits navires font escale directement.
- Les visites sont conçues et guidées par la communauté ; les programmes varient selon les jours.
- Photographier les danses ou les personnes demande une permission ; elle est presque toujours accordée de bonne grâce.
- Prévoir des vêtements imperméables : le sud-est de l'Alaska ne fait pas d'exception ici.
Ce que dit le tambour
Une fois à bord, les chants mettent du temps à s'éteindre dans les mémoires. Les passagers repartent avec des chants plein la tête et une évidence : Metlakatla n'a pas ouvert ses portes pour se donner en spectacle, mais pour raconter elle-même son histoire, avec ses mots et sa musique. Ce genre d'escale ne se compare pas ; elle se garde.